DIFFÉRENTES SORTES DE H AIE
excellence (’). Le mot « liâïk » est de môme un mot signifiant en général tissu et pris spécialement dans le sens qui nous occupe en ce moment. Le fait que le mot qui sert à désigner ce costume particulier est dans ces deux cas un terme général pris dans une acception spéciale indique clairement, a notre avis, qu il s’agit là d’un vêtement ayant été primitivement porté à l’exclusion de tout autre. Il règne à la vérité une grande confusion dans la terminologie des vêtements du genre du haïk et les savants articles que Dozy leur a consacrés (~), ne contribuent guère à éclaircir la question. II faut distinguer : l°)lehâïk d'homme, en laine, porté sur la peau, ou tout au moins comme vêtement principal ; il est appelé plus souvent « ksa » que « hâïk » : 2°) le fiâïk de dessus en soie que portent les citadins pardessus tous les autres vêtements; c’est alors plutôt un signe d’élégance ; il est aussi appelé souvent « ksa » ; 3°) F « izàr », pièce d’étoffe également rectangulaire, sans coulure, habituellement en toile ou en coton, qui constitue le vêtement universel des femmes de tribu dans l’Afrique du Nord A • il porte aussi le nom de « melhâfa, tamelliaft», particulièrement dans beaucoup de tribus berbères algé-
(1) Eidenschenk et Cohen-Solal, « Mots arabes », p. 53, 57; Delphin, « Textes arabes », p. 182 ; Bel, « Djâzya », in « Journ. Asiat. », XX, 9e sér., sept . -oct. 1902, p . 210 , qui dans une excellente note définit très bien le sens des mots « ksa » et « ksoûa », lous les deux universellement employés au Magrib, nonobstant 1 opinion contraire de Salmon, «Institutions berbères», in « Arch. Maroc», n° 1 , p. 137, n. Sur l’emploi ancien du mot ksâ, qui n’a dès lors rien de surprenant, voy. Dozy, « Vêtements arabes », 383 seq.
(2) Dozy, op. laud., p. 24, 147, 383, 401.
(3) Celui des Égyptiennes, décrit par Lane, «Modem Egyptians», p. 60- 62, à propos delà liai tara n’est peut-être pas exactement identique à celui des magribines.
ORIGINES DU HÂi'K
ricnnes; mais ce mot de melhâfa a servi et sert même encore en certaines régions à désigner le hâïk de sortie des femmes 4). Chez les arabes anciens, l’izâr paraît d’abord avoir été nn vêtement d’homme (* 2) et d’ailleurs ce mot comme tons ceux qui désignent les habits sans couture a souvent signifié simplement « une pièce de toile » ; 4") le hâïk que les femmes, particulièrement celles de la ville, mettent, pour sortir, par dessus tous leurs habits et dont nous reparlerons (3 4) ; ce vêtement lui-même a souvent été appelé izâr : il est en laine, en soie ou en coton. Ce qui obscurcit la question, c’est que tous ces mots ont été pris les uns pour les autres, en sorte que leur synonymie, variable suivant les époques et les régions, et même suivant les auteurs, est presque inextricable. Nous nous occupons ici du haïk d’homme ou ksâ, porté, soit comme vêtement unique, chez les Doukkâla par exemple, soit comme vêtement de dessus, dans les villes.
Les antiques représentations que nous avons citées montrent que d’anciens peuples d’Orient, que l’on pourrait peut-être identifier à des arabes (b portaient tantôt un simplepagne, tantôt au-dessus de cepagneun manteaupassant sous le bras droit, qu’ils laissaient par conséquent à peu près nu, et rejeté sur l’épaule gauche. A l’époque de Mahomet et même avant, ce costume était modifié : on ne mettait plus
Q) Dozy, op. laud., p. 401 ; en tout cas le verbe « lahhaf » continue à signifier dans toute l’Afrique du Nord « se draper dans le hâïk », principalement le hâïk de ville. On dit par exemple : « Les femmes de telle ville sont renommées pour l’élégance de leur « tell 1 î f »
(2) Dozy, loc. cit. , 24, avec renvoi à un chapitre d’El Bokhâri. dont les éléments se retrouvent dans maints livres d’adab des musulmans.
(3) Voir chapitre IV.
(4) Tessier, loc. cit., en fait des Égyptiens et des Babyloniens.
L’IHBÀM
qu’un seul manteau nommé tantôt izâr, tantôt « ridâ’ », terme également très général et qui a servi à désigner toutes sortes d’habits (J). D’après Burton, certaines tribus qui habitent à l'Ouest de la mer Rouge continueraient à porter le costume primitif (1 2L La réunion du pogne et du manteau en une seule pièce d’étoffe aurait donc constitué un progrès ; peut-être n’a-t-on su qu’assez tard tisser des pièces d’étoffe suffisamment longues. En tout cas, l’izâr d’une seule pièce était beaucoup plus confortable que le petitpagneet lepetit manteau représentés sur les pilastres de la salle des trônes du palais de Persépolis. Il devait être presque exclusivement employé à l’époque du Prophète, car celui-ci dans plusieurs hadît, traite les autres vêtements, particulièrement les vêtements cousus et ceux qui étaient teints de certaines couleurs, comme des innovations et il interdit aux pèlerins de la Mecque de les porter (3b Dès que le pèlerin est arrivé à une certaine distance de la Mecque, il doit revêtir 1’ « ihrâm », qui n’est précisément autre que le costume antique composé du pagne et du manteau que nous venons de décrire : le
(1) Voir la référence à la Hamàça donnée par Dozy, « Dict. », s. v.
(2) Barton, « Pilgrimage », p. 390. C’est à ce costume que se rapporte vraisemblablement, comme le fait remarquer Jacob, « 1). Leb. d. Yorislam. Bed. », Heft III, p. 44, l’expression « t'aoubâyâ», c’est-à-dire, « mes deux vêtements», pour désigner l’habillement, expression qui se trouve dans la poésie antéislamique. On peut y ajouter l’expression de « doû timraïni», c’est-à-dire « possession de deux mauvais baillons », pour dire « pauvre », que l’on rencontre aussi dans l’ancienne poésie (Aous ibn Hadjar, éd. Geyer, XXXII, v. 10) et encore plus tard.
(3) Bokhâri, trad. Hondas et Marçais, t. I, p. 500 seq. ; Kastellâni, t. III, p. 108 seq. Voirp. 108 in f. la définition de l’ihrâm, ou état sacré du croyant qui accomplit le pèlerinage, et l’énumération des sept pratiques interdites au pèlerin et parmi lesquelles figure 1 e port des vêtements cousus. — Sur l’ihràm voy. encore Ibn el Hâdjdj, « Madkhal », III, p. 143-144.