SOUVENIRS DE LA DOMINATION PORTUGAISE
ruines chrétiennes, mais ils nous soutiennent que celles de Guerrando sont Lien réellement portugaises. Guerrando, nous disent-ils, était un chrétien qui construisit la forteresse et celle-ci a gardé son nom! D’ailleurs, ajoutent-ils, les Portugais sont venus aussi à Souméïra et se sont avancés jusqu’à Merrâkech, sans toutefois jamais pouvoir entrer dans cette ville (0. Ils nous disent enfin qu’à deux heures à l’Ouest de Soûk et-tnîn, il y a, à l’endroit nommé el Kâhf (1 2 3), des ruines semblables à celles de Guerrando. Tous ces pays, nous disent-ils encore, ont été habités par les Portugais qui y ont élevé des constructions.
Le souvenir de la domination portugaise est donc resté extrêmement vivace dans la mémoire populaire ; mais il est par ailleurs impossible do tirer d’eux aucun détail précis. L’histoire ne nous permet pas non plus de croire que les Portugais ont élevé des constructions dans l’intérieur du pays : ils n’ont occupé réellement que la côte. Mais leur raids audacieux à l’intérieur, la cruauté avec laquelle ils semblent avoir traité les indigènes ont rendu leur nom impérissable et il arrive qu’aujourd’hui on leur rapporte indistinctement toutes les constructions anciennes. Les Portugais, « lbortkéz », jouent donc ici le rôle du « soltân lekhal », dont nous avons déjà parlé G). Ailleurs, c’est aux chrétiens, « nsàra », que l’on rapporte toutes les ruines mystérieuses, ou encore aux « Rohm » (romains ou grecs), et les ruines consistant en pans de murs encore debout sont appelées « El Asnâm », c’est-à-dire « les idoles », parce
(1) Cela est historiquement exact.
(2) En arabe vulgaire ce mot qui, dans la langue littérale, a le sens de caverne, signifie « escarpement, rocher, pic ». Cf Landberg, « Arabica », V, p. 309.
(3) Voy. supra, p. 211 seq.