LEGENDES RELATIVES AUX RUINES
qu’on les assimile à des idoles païennes 0). D’autres fois on fait intervenir des personnages mythiques, Iâloût, 'Antar, le Décius des Sept-Dormants (1 2). . . . Souvent, enfin, s’il s’agit de pierres de grand appareil, on les attribue aux «jhâla» (« djouhalâ »), peuple de géants (3). Il n’y a là que le désir de s’expliquer un mystère et ces légendes qui nous paraissent naïves, sont cependant la forme primitive sous laquelle s’est satisfait le désir de savoir, devenu de nos jours la curiosité scientifique (4 5). Elles ont du reste particulièrement fleuri dans les pays qui nous occupent, étant donné le grand nombre de ruines qu’on y rencontre. Les funestes annales du peuple arabe sont écrites sur tout le sol du Hoûz, en murailles croulantes et en traces de dévastation U). Les rares édifices qu’ils ont par hasard élevés, grossièrement construits, n’ont pas résisté à l’injure du temps et euxmêmes les ont vus s’effondrer avec indifférence (6).
Nous repartons de Souméïra vers 2 b. 20 et l’immense prairie devient encore plus magnifique. Une espèce du genre des orges et quelques autres graminées, d’un vert
(1) Cpr en Algérie, p. ex., « El Asnâm », nom d’Orléansville, à cause des ruines romaines qui s’y trouvent. Cf Malthuisieux, « Tripolitaine », p. 288 ; au X\ 1° siècle, Léon l’Africain in Ramusio, I, fol. 61, A (Ham Lisnan).
(2) Sur le rôle des chrétiens dans les légendes concernant les vieux monuments, cf de Foucauld; « Reconnaissance », p. 61, p. 93; Quedenfeldt, « Div. et rép. des Berb. mar. », trad. Simon, p. 99; Ségonzac, « \ oy. au Maroc», p. 66, 132, 133, 142; Malthuisieux, op. laud.,
(3) Voir le dernier chapitre du présent ouvrage.
(4) Voir pour le développement de cette idée Tjlor, « Civ. prim. », I, p. 456.
(5) Cf El Oufrani, « Nozhet el Hâdi », trad. Hondas, p. 361-362, justement à propos des Rehâmna.
(6) Ibn Khaldoûn, «Prolégomènes », trad. de Slane, II, p. 274.