ORIGINES DE LA HAINE DE L’INFIDÈLE
La peur de l’étranger a sa contre-partie dans la peur du voyage : si l’on craint le voyageur qui arrive dans un pays, a plus forte raison craint-on de s’en aller au milieu de ces mêmes étrangers. Le voyage est pour l’homme peu civilisé une éventualité redoutable : aussi la religion contient-elle, chez les musulmans en particulier, de nombreux préceptes relatifs aux voyages. Les livres de « hadît », les livres de « ’adah » consacrent tous un chapitre aux voyageurs. Chez les primitifs le voyageur se purifie au moment de partir, pendant et après le voyage, par des rites divers, pour mettre a néant tous les maléfices à venir ou passés (D. Tel est probablement le sens de l’eau que l’on jette, dans l’Afrique du Nord, sous les pas de celui qui va partir. Quand, en 1902, nous quittâmes Mogador pour faire une tournée dans 1 intérieur, un membre de la famille d’un de mes compagnons musulmans sortit de chez lui au moment du départ et lança un seau d’eau sous les pieds de son cheval (~).
Ainsi nous pensons que la haine du mécréant n’est chez les musulmans que l’islamisation de la crainte primitive de l’étranger et suivant que l'on voyage au Maroc dans des contiées plus ou moins ignorantes, cette islamisation est plus ou moins typique. Elle est faible dans les pays comme les massifs de l’Atlas : là on craint encore l’étranger plus qu’on ne déteste le chrétien; elle est complète dans des cités comme bez, où les négociants qui ont voyagé, qui connaissent parfaitement l’Europe et qui savent fort bien que nous ne sommes pas plus mauvais que les autres hommes, sont cependant étroitement fanatiques. Sans
(1) Frazer, op. laud., p. 303 seq., trad. fr., 235. On verra plus loin, p. /3 seq., <[ue la plupart des rites de jet de pierres sont des rites de purification pendant le vojag-e.
(2) Cf. Trumelet, « Français dans le Désert », p. 104.