‹ MerrâkechChapitre 17 sur 223 · PEUR DES INNOVATIONS · texte numérisé non relu

PEUR DES INNOVATIONS

doute dans ce dernier cas la crainte d’un conquérant s’ajoute encore à la liaine religieuse et vient la renforcer, mais il ne nous semble pas que cet élément soit prépondérant dans les sentiments hostiles que nourrissent encore les Marocains à l’égard des Européens • la religion prévaut chez eux d une façon tellement absolue sur le sentiment de nationalité que c’est elle qui détermine avant tout leurs antipathies : ils ne redoutent pas tant de perdre leur indépendance que d être gouvernés par des infidèles. C’est la souillure religieuse, islamisation de l’ancienne souillure de l’étranger, qu ils ont avant tout en horreur. Car ils reconnaissent fort bien, surtout ceux qui ont voyagé, les avantages de notre civilisation et savent même se les approprier, mais nous restons pour eux des gens hors la loi religieuse, qui ne peuvent être sauvés, qui sont impurs et toute la force des superstitions primitives que nous avons signalées est passée aujourd’hui dans leur horreur de l’infidèle.

Voilà pourquoi tout ce que nous tentons dans leur intérêt leur déplaît et leur est suspect ; aucune des réformes entreprises en Algérie n’a été accueillie favorablement dans ses débuts par nos indigènes : l’établissement de la propriété individuelle, la loi sur l’état civil, les dénombrements, les sociétés de prévoyance, etc..., toutes ces mesures ont commencé par soulever les mêmes méfiances. Parfois dans ces méfiances on voit reparaître les terreurs enfantines des sauvages : nos Algériens ont longtemps résisté à la vaccination, parce qu’ils étaient persuadés que cette opération avait pour but de les rendre impuissants C1) ! L’œuvre, cependant si vivante, de nos médecins a été longtemps suspecte aux

(1) Cf. Féraud, « Histoire île Philippeville », in « Rev. Air. », XIX, 1875, p. 382.

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