LE PLATEAU DES REHÂMNA
tendre, forment le tapis sur lequel une crucifère élève ses bouquets de fleurs jaune pâle : des pieds d’alouette multicolores, de grands résédas jaunes, des coquelicots, des soucis orange et cent autres fleurs, composent à cette nature une splendide décoration. Toute cette plaine est du reste un grand pays d'élevage et nous sommes dans la saison du vert : mais quand le dur soleil de juin a commencé à dessécher ce maigre sol, et que les rares touffes de jujubier sont la seule végétation qui subsiste, le paysage à contempler est d’une nudité terrible : alors le berger, une outre d’eau suspendue au cou, sa musette suspendue à son côté, pousse son troupeau devant lui et s’enfonce dans ces solitudes, où les bêtes paissent l’herbe rare et calcinée ; il reste ainsi des semaines absent, errant sous le soleil de feu, couchant là où il se trouve, entre terre et ciel, dans la solitude immense.
A notre gauche serpente maintenant un oued, un véritable oued, comme ceux de notre Algérie, c’est-à-dire une rivière sans eau. Nous n’en avons pas traversé moins de trois depuis Guerrando, trois lits larges et caillouteux qui s’en vont vers le Nord-Ouest, vers l’Océan où ils n’arriveront pas, car leurs tristes vallées, veuves d’ondes, images de la stérilité, s’arrêtent bien avant, vers les Abda ; pendant quelques jours, chaque hiver, un torrent y écume ; mais la plaine immense et assoiffée a vite fait de boire le flot insuffisant que lui versent quelques collines chauves sous un ciel avare. Les bords de l’oued que nous côtoyons maintenant, sont bordés de prairies à herbes élevées : des séneçons et surtout de charmantes composées bleues , à ligules longues et minces, des coronilles, des lotiers et d’odorantes giroflées violettes.
Vers 3 h. 45, nous quittons les prairies pour un site plus sévère : nous allons escalader le bord du plateau du