BEN GUERIR
rahmân, Sîdi ben 'Azzoûz, Sidi Ahmed ben Nâçer, Sîdi Ahmed el Merrâkchi et Sîdi Ahmed ben Soùdak (b. Ces
konbba sont riches, bien crénelées, ornées de jolies peintures rouges et forment un groupe étrange dans ce pays aride et sauvage. Près de là se trouvent plusieurs puits où bon vient de très loin pour faire boire les troupeaux : à tous les points de vue, militaire, commercial, social, Ben Guérir est un centre de ralliement important.
A 1 li. 45 nous repartons de Ben Guérir ; toujours le même paysage, encore plus sévère, si c’est possible : un sol rocailleux et sonore, ou siliceux et grinçant, pas de cultures, des crêtes rocheuses monotones, auxquelles succèdent d’autres crêtes. Nous nous rapprochons de celles du Jbel Ouzren, que nous voyons depuis hier et nous les fran-
(1) Avec un sîn. Est-ce néanmoins la racine sadaka? Je ne sais pas.
LE PLATEAU HERCYNIEN
chissons, après avoir passé auprès de l’agglomération de Touâleb qui est au pied. L’autre versant ne diffère pas de celui que nous venons de gravir ; il est aussi âpre et aussi dur. lies bêtes usent vite leurs fers sur un pareil terrain et il est dangereux de les y laisser marcher le sabot nu. Aussi à 3 h. 15 sommes-nous obligés de faire au village de Ben Jilâli une balte de trois quarts d’heure, pour nous mettre en quête d’un maréchal ferrant, car deux de nos bêtes ont perdu leurs fers. Une demi-heure après nous serons aux deux koubba jumelles de Sîdi Mhammed et de Sidi Mhammed ej Jerrâri. Il y a là un petit bas-fond, une source qui se perd rapidement dans un ravin, quelques maigres cultures au village dit d’El Brikiyyîn et le marché du samedi (Soûk es Sebt) On aura pu remarquer que, dans le Hoùz, les marchés du samedi sont assez fréquents. Ils sont cependant moins commodes aux indigènes sous beaucoup de rapports que les autres, car les juifs qui détiennent presque le monopole d’un certain nombre de commerces, n’y paraissent pas. Aussi les marchands musulmans n’ayant, de ce chef, aucune concurrence à craindre, les fréquentent-ils volontiers.
(15 octobre). A 6 h. 40, nous quittons le Souk es sebt et nous reprenons 1 interminable chevauchée dans les schistes, les porphyres, les granités anciens. Le terrain est devenu très montueux, mais l’eau est plus abondante que les jours précédents. Aussi y a-t-il çà et là quelques petites cultures d’orge. Des bas-fonds s’offrent à notre vue, avec une source, des joncs, des roseaux, choses rares dans les Reliâmna. Vers 7 h. 30 nous sommes près d’un de ces petits paradis qui s’appelle A.ïn Brîdiya 0), le même nom que la source qui
(1) De « berdi », roseau (?)
LE PLATEAU HERCYNIEN
alimente la plus grande partie de la ville d’Oran et que nous appelons Brédéa.
Là commencent les croupes peu élevées du Jbel Chouîkhân, dans lesquelles nous ondulons assez péniblement. Les villages vont en se multipliant et annoncent rapproche des Doukkâla ; vers 8 h. 15, nous sommes à celui des OulâdNâji, puis nous franchissons une crête ; une demiheure après nous passons près de deux villages, dont h un est celui de Mohammed ech Châoui : une herbe verte a poussé partout comme par enchantement à la suite des pluies qui sont tombées il y a huit jours. Un élégant narcisse blanc, à odeur caractéristique (« rênjes »), fleurit le chemin de ses élégantes corolles étoilées 5 et çà et là une romulée d un rose violet, fleur de l'automne, s’épanouit à même le sol siliceux.
Les cultures deviennent de plus en plus nombreuses ; de petites sources sourdent çà et là. Nous sommes dans la région des Rehâmna qui certainement est le mieux pourvue d’eau. Mais malgré cela la nature siliceuse du sol est cause que le pâturage des moutons reste la seule ressource appréciable de la région. Après être restés deux heures dans les plis assez nombreux mais monotones du Jbel Chouîkhân, nous arrivons au pied d’une grande crête rocheuse , dont nous n’avons pas conservé le nom. Là sont, près d’un dcher, sept haouita avec sept petits cimetières attenant à chacune d’elles. On appelle ce groupe les « seb'a rouâdi » (k, c’est-à-dire les sept cimetières. Il y a là très certainement une sainte agglomération analogue aux a sba'atou rijâl », de Merrâkeeh, dont nous parlerons plus
(1) Le pluriel de « roûda », cimetière (raouda) est en arabe marocain « rouâdi ». Tandis que le pluriel régulier « riyâd », s’emploie comme singulier (avec pluriel « riyâdât »), pour désigner un jardin.
NOM DES REHAMNA
loin. Si nous avions le temps de nous y arrêter, nul doute qu’on no nous y racontât quelque légende, mais nous sommes assez pressés. Nous franchissons donc la crête. Un autre village, une autre crête, le pays devient cultivé, une grande casba s’élève au loin à notre droite, la route est plus animée, les visages ne sont plus les mêmes, nous changeons de pays, nous sommes dans les Doukkâla et vers 11 heures nous apercevons enfin le « koudia » de Guerrando, avec les fameuses ruines prétendues portugaises qui le surmontent.
L’itinéraire que nous venons de résumer traverse la plus grande partie des Rehâmna actuels, mais leur territoire qui se prolonge plus au Sud englobe les Jbîlêt et s’étend jusque vers Merrâkech.