SENTIMENTS DES MAROCAINS ENVERS LA FRANCE
musulmans ; et tout récemment un de nos anciens élèves de la Médersa de Tlemcen, aujourd’hui entièrement acquis à la cause de la civilisation m’avouait qu’il avait jadis cru, avec ses coreligionnaires, que notre enseignement n’avait d’autre Lut que de les détourner systématiquement de la bonne voie, la seule qui conduise au salut !
Aussi ceux qui ont quelque expérience de l’Algérie restent-ils un peu sceptiques quand ils lisent dans les récits des voyageurs au Maroc que les Marocains désirent la venue des Européens et en particulier celle des Français (h. Sans doute, il est arrivé, et nous l’avons entendu nous-mêmes souvent, que des Marocains recevant des Français déclaraient qu’ils souhaitaient voir notre pays prendre possession du Maroc. Mais lorsque ces déclarations sont autre chose qu’une boutade inspirée à quelque mécontent par le dépit, on ne peut y voir qu’une flatterie intéressée ou simplement une de ces manifestations de politesse exagérée dont les musulmans sont si prodigues. Et si ceux qui ont tenu ces propos indiquaient leur préférence pour des Français, c’est qu’ils s’adressaient à des Français ; parlant à des Anglais, ils eussent proclamé leur amour d’Albion, s’adressant à des Allemands, ils auraient certifié que la civilisation germanique seule était selon leur cœur : mais, en réalité, ils englobent tous les infidèles dans la même réprobation. Ceux qui ont vu l’Algérie ou l’Europe et dont on aime à vanter souvent les tendances favorables à notre domination, les pèlerins qui ont couru le monde, les journaliers qui se sont loués à nos colons sont d’accord pour reconnaître que chez nous on jouit de plus de sécurité et de bien-être qu’au
(1) P. ex. de Foucauld, « Reconnaissance », p. 32; Harris, «Tafilet», p. 319 ; Montet, «Un voyage au Maroc», in «Soc. Géog. Alg.», VI, 1901, p. 287 ; Prives, «Le Maroc Occidental », id. , VII, 1902, p. 3-18-349, etc...