ALIMENTATION CHEZ LES REHÂMNA
que celles des Doukkâla : ces dernières son t presque misérables auprès d’elles.
En général, les Rehâmna ne mangent pas en se levant le matin, sauf quand ils se livrent à des travaux agricoles pénibles, comme la moisson ; dans ce cas ils mangent un petit « kesksou », vers les neuf heures du matin ou, s'ils ne sont pas riches, de la « dchîcha ». Autrement ils ne font que deux repas par jour, un vers le milieu de la journée et l’autre le soir, méprisant ainsi le proverbe arabe : « Leftoûr men bekri, — Beddheb mechri », c’est-à-dire : « Déjeûner de bon matin vaut son pesant d'or». Leur premier repas est ordinairement la (c'açîda», bouillie d'orge extrèment épaisse, avec du « lben » ou lait aigre ; le soir ils mangent la dchîcha d’orge ou le couscoussou de froment. Quant à la viande, le plus grand nombre d’entre eux n’en mangen t guère qu’une fois par semaine, à l’occasion du marché le plus proche. Ils ne mangent ni œufs ni poules et préfèrent les vendre pour acheter des moutons ; la répugnance pour les œufs est fréquente chez les populations marocaines, principalement chez les juifs et dans le Soûs O. Quant à la viande dont ils sont en sommes assez privés, de temps en temps les habitants d’un même village se réunissent pour faire une « ouzî'a » : on achète une bête à frais communs, chaque famille paye sa cote-part et les portions sont tirées au sort. L’ « ouzî'a » est une institution générale dans toute l’Afrique du Nord ; elle correspond à la « timechret » des Kabyles (1 2\ mais celle-ci
(1) Le faux prophète Hamîm avait défendu à ses sectateurs les œufs de tous les oiseaux : El Bekri, « Descript. Afr. sept. », trad. Dozy, p. 230 ; «Çartas», édition Tomber», p. 84 ; Ahmed ben Khâled, «Istiksà», I, p. 84.
(2) Yoy. sur la timechret, Hanoteau et Letourneux, « Kabylie », II, p. 53 seq. Cpr Delpech, « Zaouia de Sid Ali ben Moussa ou Ali nfounas», dans « Rev. Afr. », XVIII, n° 104, 1874, p. 82 et a.
MUSIQUE CHEZ LES REHÂMNA
est organisée de telle façon qu’elle a le caractère d une véritable œuvre d'assistance, car les sommes affectées à la « timechret », sont prélevées sur le revenu du village et ce sont ainsi les malheureux qui, ne payant que peu ou point de contributions, en ont tout le bénéfice. Masqueray a fait remarquer, avec raison, combien cet usage affirme la solidarité du groupe social et l’a même rapproché des banquets publics de Sparte (l). J’ajouterai, mais en convenant que ce n’est là qu’une pure hypothèse, que ces repas ont pu primitivement être en même temps des sacrifices communiels (2 3).
Les Rehâmna 11e sont pas aussi réputés pour la danse que les populations voisines, Châouia, Entifa, Tàdla, Aït ‘Attâb, qui fournissent un grand nombre de danseurs et danseuses de profession. Leur orchestre, qui se ressent du voisinage de Merrâkech, où ils forment une grande partie de la population, est souvent assez complet. Il n’est pas rare d’y voir figurer le « rbâb », violon à deux cordes en boyau; la « kesbîta », violon dont les cordes comme l’archet sont en crin de cheval; la « ta'arîja» ou « agouâl», que nous connaissons déjà; la « triya » ou petit tambour de basque (« tâi ») , le « bendaïr » , qu’ils nomment « forbàl » ( tamis ) ,
autre tambour de basque plus petit; le « gombn » ou guitare à deux et quelquefois trois cordes. La plupart du temps, du reste, l’orchestre se borne au rbâb, à la triya et à la ta'arija. La « faïta », n’est employée que dans les tournées de mendicité pour appeler les gens devant chaque poile L).
(1) Masqueray, « Cités », p. 36-37.
(2) Hanoteau et Letourneux, loc. cit., p. 54-55.
(3) Yoy. sur ces instruments, Delphin et Guin, « Notes s. 1. poés. et 1. mus. ar. », p. 37 seq.