‹ MerrâkechChapitre 191 sur 223 · NAISSANCE · texte numérisé non relu

NAISSANCE

Cet usage de cacher ou d’enterrer la délivre est, on le sait, universel ; il y a là, sans doute, de grandes analogies avec la coutume qui consiste à enterrer soigneusement les rognures d’ongles, et dont nous avons parlé plus haut (h. On habille l’enfant d’un rectangle allongé de drap, dans le milieu duquel on perce un trou , par où passe la tête du petit être : c’est la « mokhrâga ». Au bout de trois jours on lui enlève ce vêtement, mais on la laisse toujours auprès de lui, tant qu’il est tout jeune ; c’est une sorte de talisman : il porte bonheur à l’enfant. Peut-être cette coutume se rapporte-t-elle aux superstitions des sauvages qui, croyant que l’âme de l’enfant n’est pas encore bien accoutumée à son corps et peut en sortir, placent près de celui-ci un objet ayant ôté en rapport intime avec lui, pour que l’âme, si elle s’échappe dans un moment de frayeur, aille se loger dans cet objet, d’où on la fait ensuite repasser dans le corps de l’enfant (1 2). Quand on lui a enlevé la « mokhrâga », on le revêt d’une petite chemise et on le roule dans ses langes.

La naissance d’un garçon est toujours accueillie avec plus de joie que celle d’une fille; la première est saluée par des you-you répétés, au lieu que pour une fille, on s’abstient de ces manifestations de joie. En beaucoup d’endroits du Maroc et de l’Algérie, on pousse trois you-you pour un garçon et un seulement pour une fille. Cependant, un proverbe arabe dit : « Lli ibekker belbent ibekker bel bekht », c’est-à-dire : « Celui qui commence (à avoir des enfants) par une fille, commence avec la chance ». Mais c’est plutôt un proverbe

(1) Cf Frazer, « Golden Bough », I, p. 53 ; trad. franç. ,1, p. 55. — Voy. supra, p. 99.

(2) Cf Frazer, « Golden Bough », I, p. 279 ; trad. Stiébel et Toutain, I, p. 197 et les références données.

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