IMPORTANCE DU NOM
qu on donne, comme nous l’avons dit, à ceux qui sont nés coiffes et qu’ils gardent naturellement toute leur vie : mais dans les deux cas, c’est un mot de Don augure; on sait que chez nous « être né coiffé », est synonyme d’ « avoir de la chance » ; il s’agit là d’une croyance universelle et dont 1‘ origine est évidente.
L’étude des sauvages a démontré d’une façon définitive aux ethnographes modernes, que chez les peuples primitifs le nom est, en quelque sorte, identifié à l’âme et comme la crainte de voir celle-ci abandonner le corps domine les actes du sauvage en mainte circonstance, il s’ensuit qu’il ne prononce les noms qu’avec d’extrêmes ménagements, de peur de voir une âme quitter son corps ; il craint également de livrer son nom à un étranger, car celui-ci possédant ainsi cette sorte de double de l’âme, pourrait se livrer avec lui à des pratiques de magie sympathique, susceptibles de nuire à son propriétaire (f. De là, l’extrême répugnance du primitif de tous les pays à dire son nom ; cette répugnance est frappante chez nos musulmans et en particulier chez les Marocains. Aussi lorsqu’on veut demander son nom à quelqu un, est-il obligatoire, sous peine de passer pour un homme mal élevé ou de ne pas obtenir de réponse, d’user do périphrase polie : « Kl semmâk Allâh? » lui dit-on. « Comment Dieu t’a-t-il nommé? » O11 comprend que, conformément à toutes ces croyances, les enfants soient particulièrement appelés de vocables euphémiques, car ils sont des êtres faibles et ont besoin plus que d’autres d’être protégés contre toutes les mauvaises influences (b. C’est pour des raisons analogues que l’on craint chez beaucoup
(1) Voy. sur tout cela Frazer, « Golden Boug-li », I, p. 403 ; trad. franç., I, p. 331 seq. Cpr. Sn. Hurgronje, «Mekka», II, p. 122.