‹ MerrâkechChapitre 196 sur 223 · IMPORTANCE DU NOM · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DU NOM

de sauvages de prononcer le nom des morts 5 celte crainte prolongée et transformée chez les peuples civilisés a provoqué peut-être et sûrement fortifié l'habitude de ne pas prononcer le nom d’un mort sans le faire suivre d’une formule déprécatoire ; il n’en est pas autrement, à ce sujet, chez les musulmans que chez nous (~). La grande importance qu’attachent les indigènes de l’Afrique du Nord à tout ce qui concerne le nom a été bien mise en évidence en Algérie, lorsqu’il s’est agi, au cours de l’application de la loi de 1882 sur l’état- civil, de régulariser leur système onomastique. Il y eut, dans certaines régions, un commencement de rébellion : à Zemmora, pour citer un exemple, des musulmans avaient répandu le bruit que tous ceux qui se laissaient imposer par le commissaire un nouveau nom patronymique mouraient dans l’année. On allait répétant l’histoire d’un indigène qui, ayant eu son nom changé, était mort peu de temps après, et vraiment il n’était pas bien difficile de trouver de pareils cas. Cet indigène avait été enterré à la zaouia de Sidi Mohammed ben 'Aouda : 011 racontait qu’on l’avait exhumé et qu’il avait été trouvé coiffé d’un chapeau haut de forme, symbole humiliant des mécréants. Le Préfet d’Oran dut se rendre sur les lieux et parla avec énergie aux djemâ'a assemblées: leur foule murmura, mais force resta à la loi (1 2 3).

Tous les primitifs craignent beaucoup, nous venons do le

(1) Sur le respect du nom des enfants, cf Frazer, « Golden Bough », I. p. 408 ; trad. franç., I, p. 335.

(2) Cf encore Frazer, op. laud., I, p. 521 ; trad. franç., p. 350 seq.

(3) Ce curieux incident nous a été raconté par M. A enisse, actuellement administrateur de commune mixte, détaché à la sous-préfecture de Tlemcen.

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