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SENS DU MOT « CHÂOUIA

le masculin et disent non moins inexactement « le Châouia», «le Rehâmna » etc. Tous ces noms, en effet, sont en arabe des pluriels de collectivité et on doit les traduire en français par le pluriel : les Châouia, les Rehâmna, etc. En ce qui concerne spécialement le mot Châouia, il est le pluriel du relatif « châoui », régulièrement « châouiyyoun », dérivé de « châtoun » pour « châhatoun », brebis, et qui signifie possesseur de troupeaux de moutons et par suite peuple pasteur. Léon qui les appelle Soaua les définit : « ceux qui s’adonnent à l’élevage du bétail et suivent les coutumes des Arabes » (h : Ibn Khaldoûn avait d’ailleurs déjà donné la môme définition (1 2). Plus tard ce mot est devenu un véritable nom ethnique : il en est ainsi dans Marmol (3 4) et dans les historiens arabes postérieurs. C’est justement vers le commencement du XVe siècle, et peu après l’époque à laquelle écrivait Ibn Khaldoûn, que l’on commença à dire « les Châouia » comme un nom propre de population. Dans le célèbre auteur arabe ce mot est employé tantôt comme simple adjectif avec le sens de pasteur (û, tantôt avec celui de gardien des troupeaux royaux (5) et dans certains endroits il se précise comme ethnique et se rapproche de son sens actuel (r>).

(1) Léon L Africain, dans Ramusio, «Navigationi e viaggi», éd. 1554, fol. 7, D; trad. Temporal, 1830, GG (Soava).

(2) Ibn Khaldoûn, « Prolégomènes », I, 25G ; texte, I, 222, 1. IG.

(3) . Marmol, « Descripcion de Affrica», éd. de Grenade, fol. 74 vers., col. 2, trad. d’Ablancourt, II, 138. Marmol dit Xaùios, d’Ablancourt traduit Chaviens.

(4) Ibn Khaldoûn, « Berbères », trad. I, 236 ; texte I, 149, 1. 20.

(5) Id., trad., IV, 422 ; texte II, 513, 1. 2 et 5.

(G) ht-, (rad. IV, 421; texte, 512, 1. 20, avec le sens de peuplades pasteurs. Cl id., trad., IV, 31 ; texte, II, 245, 1. 3 et surtout Prolégomènes, trad. I, 250, ou Ibn Khaldoûn qualifie les Zenâta de Châouia ; texte, 222, 1. 16.

ORIGINE DES CHÂOUIA

Dans une magistrale discussion de son bel ouvrage sur les Migrations des tribus algériennes , Carotte a montré que les populations qu'on désigne dans l’Afrique du Nord sous le nom de Ghâouia sont un mélange de Zenâta et de Howwâra. On sait que ces derniers après avoir été longtemps cantonnés à la limite de l’Ifrîkiya et du pays de Tripoli se sont répandus dans toute l’Afrique du Nord : il n’existe peut-être pas de peuple plus dispersé en celte région (b. Comme les Zenâta, ils étaient plus ou moins arabisés et menaient exclusivement la vie pastorale (1 2), au point qu’ils étaient parfois pris pour des Arabes (3). En de nombreux endroits ils étaient mélangés aux Zenâta, dont ils semblent avoir partagé les destinées et auxquels les unissaient des liens de vasselage (4). Aujourd’hui sous le nom do Ghâouia on retrouve des Zénètes-Howwâra dans le Soûs ; dans les Oulâd Sîdi Bou Cha'ib (commune mixte de Remchi, arrondissement de Tlemcen) ; dans les Douâïr

(1) Ibn Khaldoûn, « Berbères », trad. I, 272. Sur les Howwâra, voy. l’introduction de Socin et Stumme, «Arab. Dial. Houwâra». — Notre thèse est fortifiée par le texte nouvellement publié du Cheikh Zemmoûri (Salmon « Arch. maroc. ». vol. II, fasc. 3, p. 282) qui donne les Ghâouia comme originaires de Barka. Il ajoute qu ils sont hérétiques et d autre paît Mouliéras dans sa « Tribu antimusulmane », vient de signaler chez les Ghâouia des groupements qui seraient affiliés aux Zkâra ; voy. infra, p. 3G8, n. 1. {Note ajoutée pendant V impression ).

(2) Nous avons vu, supra, qu’Ibn Khaldoûn qualifiait les Zenâta de « châouia », c’est-à-dire de pasteurs ; il donne la même qualification aux Howwâra, « Berbères », trad., I, 281; texte, I, 181, 1. 18.

(3) Léon L’Africain, dans Ramusio, I, fol. 7, D. Carette a rapproché deux passages d’Idrîci, « Descr. de l’Afr. », 76 et 154, d où il résulte que les Howwâra passaient en Tripolitaine pour des Berbères et au Maroc pour des Arabes, ce qui indique qu’ils étaient arabisés au point de n être reconnus pour Berbères que dans leur pays d’origine (Carette, « Migrations», 146).

(4) Ibn Khaldoûn et Léon les montrent constamment associés.

LE TAMESNA ANCIEN

Tlitta (commune mixte de l’Hillil, arrondissement de Mostaganem) ; dans les Béni Menna (commune mixte de Tenès, arrondissement d’Orléansville) (*). Mais ce nom est surtout connu pour désigner les habitants du grand pâté montagneux de l’Aurès, dans le Sud du département do Constantine W. Il semble bien que ce terme, usité par les Arabes à l’égard de peuplades berbères (1 2 3), ait renfermé et renferme encore une nuance de mépris : les habitants de l’Aurès du reste ne l’acceptent pas et ne s’en servent pas pour se désigner eux-mêmes (4), tandis que les autres groupes de populations que nous avons cités l’ont accepté définitivement, entre autres les Chûouia de la côte atlantique du Maroc. Rappelons enfin que, d’après Kampffmeyer et Hartmann, le nom du Ghoa n’aurait pas une autre étymologie que celui des Chûouia (5).

Le pays des Chûouia de la côte marocaine s’appelait autrefois le Tâmesna. A l’aurore de l’histoire du Magrib, nous voyons le Tâmesna occupé par des Masmoûda, frères de ces Masmoûda de l’Atlas qui devaient plus tard fonder le plus vaste empire qu’ait connu l’Afrique du Nord, et appelés spécialement Bergouûta. Dans des pages bien curieuses, El Bekri, Ibn Khaldoûn et l’auteur du Cartûs, ont raconté l’épopée de ce peuple, la légende de son prophète qui créa une religion à l’instar de Mahomet, et son

(1) Aj. d après Carette les Châouïa des Harar dans la province d’Oran (Carette, op. laud., 148).

(2) Voy. sur tout cela, Carette, loc. cit.

(3) Cf. Quatremères, dans « Journal des savants », 1838, p. 398-

(4) Cf. G. Mercier, « Chaouia de l’Aurès », I-II ; Masqueray, « Doc. List. Aurès », in « Rev. Afr. », N° 122, p. 96-97.

(5) M. Hartmann, « Islamische Orient », I, 29-31.

HISTOIRE I)U TAMESNA

écrasement final au nom de l’orthodoxie par les Almorayides d). Le Tàmesna resta longtemps dévasté : probablement ces sectaires y établirent des gens de leur race, c’est-à-dire des Sanhâdja; et peut-être en avaient-ils déjà trouvé quelques-uns chez les Bergouâta (1 2). Plus tard le puissant souverain almohade El Mansoûr, celui qui le premier favorisa l’entrée des Arabes au Magrib et qui, à son lit do mort, s’en confessa comme d’une faute politique, introduisit dans le Tàmesna une partie des peuplades connues sous le nom général de Djocbem, du nom de l’une d’elles (3 4 5 6) : toutefois les Djocbem du Tàmesna ne comprenaient pas de Djochem proprement dits, mais seulement des Kholt des Sofyân, des 'Âcem et des Béni Djàber A. Ces Arabes y exercèrent tous les brigandages par lesquels leur race s’est rendue tristement célèbre au Magrib (°), mais ils ne s’y maintinrent pas et furent vraisemblablement submergés par les Zenâta et les Howwâra que les Mérinides amenèrent avec eux et qui atteignirent un haut degré de prospérité (°). Sans doute la fusion fut facile entre ces nouveaux venus, Berbères à moeurs presque arabes, et leurs prédécesseurs qu’ils durent submerger complètement pour devenir les Ghâonia que nous voyons aujourd’hui maîtres du pays après tant de bouleversements.

(1) El Bekri, «Descr. Afr. sept. », 300; Ibn Khaldoûn, «Berbères», II, 125; Carias, éd. Tornberg, 112; trad. Beaumier, 179.

(2) Cf. Léon L’Africain, dans Ramusio, I, fol. 2, D; Temporal, I, 16 et 17.

(3) Cf. Ibn Khaldoûn, « Berbères », I, 60, 64.

(4) Cf. Ibn Khaldoûn, « Berbères », IV, 61, 175.

(5) Cf. Ibn Khaldoûn, « Berbères», IV, 100 : les Djochem du Tàmesna coupeurs de routes.

(6) Léon l’Africain, dans Ramusio, I, fol. 30, B-6 ; Temporal, I,

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