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VISITES AUX TOMBES

plus facilement à Mounkar et Nakîr, les deux anges qui, d’après la croyance musulmane, l’interrogent dans le tombeau; je n’ai pas trouvé cet usage répandu dans le Sud du Maroc.

Chez les Rehâmna il est d’usage, ainsi que dans l’Afrique Mineure en général, de visiter les tombes : ce sont les femmes qui se chargent de ces visites quelques jours après la mort de leurs parents. Puis elles y retournent tous les vendredis, et y amènent des tâleb pour dire des prières. Dans beaucoup de villes la visite des tombes le vendredi constitue la principale sortie des femmes et dégénère même souvent en distraction, quand elle n’est pas prétexte à des incartades plus graves (h : l’orthodoxie musulmane, qui est hostile à cet usage, n’a pu cependant parvenir à le déraciner h). Il est assez remarquable que chez d’autres populations du Hoùz, qui sont berbères, on ne visite point les tombes; il en est ainsi chez les Hàlia, par exemple, on n’y fait pas même ce pieux pèlerinage à la fête de 'Âchoùra. A Merrâkech, au contraire, on se rend en grande foule aux cimetières à cette occasion, on y fait des aumônes aux pauvres, on asperge les tombes avec de l’eau et on y plante des myrtes. En Algérie, dans certains pays, on plante toujours quelques oignons de scylles sur les tombes (1 2 3 4); cette coutume de planter des fleurs sur les tombes est universelle; on croit que l’âme passe dans ces végétaux et y souffre moins (b. line légende très répandue, est celle de deux amoureux enterrés l’un près de l’autre et sur la tombe

(1) Cf Marçais, « Dialecte de Tlemcen », p. 128.

(2) .Voy. Ibn el Hâdjdj, « Madldial », p. 122, 160.

(3) Sicard, « Takitount ».

(4) Cf supra, p. 104.

REHÂMNA ET ZKÂRA

desquels poussent des arbres s’entrelaçant (*) ; c’est dans la province d’Oran l’histoire de Koûra et 'Aouàli A Merrâkech, les hommes et les femmes visitent encore les tombes le vingt-septième jour du Ramadan; les femmes seules les visitent pendant trois jours après une mort. A part ces différents cas, il n’y a pas à Merrâkech d’autres visites de tombes (3).

Dans son mémoire sur les Zkâra, Mouliéras a rangé les Rehâmna du Hoûz au nombre des groupes sociaux qui professeraient les doctrines qu il a attribuées a ces populations de l’Orient marocain. Quelque subversives des idées courantes que paraissent les découvertes du professeur d’Oran et bien qu’il y ait lieu de lui en laisser provisoirement toute la responsabilité, nous 11e pouvons croire qu’il ait été, comme on l’a dit, trompé par des imposteurs. Lorsque les

(1) Cf Chauvin, « Bibliographie arabe », A , p. 107.

(2) Koûra, non d’homme; 'Aouàli, non de femme. Sur ce dernier, vo;y. Bel, « Djazya », in « Journ. Asiat. », sept-oct. 1902, p. 234, p. 126 du t. à p.

(3) Sur les cérémonies funèbres au Maroc, on peut voir, outre les auteurs que nous avons déjà cités, Léon l’Africain, in Ramusio, loi. 42, A, Urquardt, « Pillars of Hercules », II, p. 207 seq.; Lenz, « limbouctou », I, p. 175; Quedenfeldt, «Br. d. Mar. » in « Ausl. » 1890, p. 732; Ségonzac, « Voy. au Maroc », p. 210 ; Thomson, « l ravels in Ail. and South. Mor. », p. 24; Diego de Torrès, «Hist. des Chéri ls » , p. 266 (cf p. 114); Mouliéras, «Maroc Inconnu», II, p. 425-435, 584-590; Aubin, « Maroc d’aujourd’hui », p. 328; Meakin, « The Moors », p. 377 seq. Ce dernier est le plus complet; on pourra comparer la psalmodie notée à celle de la Borda que nous venons de donner. Pour l’Algérie, voy. les références données par Stumme, « Beduinenlieder », p. 88, n. b. Il est bon d y ajouter Hanoteau et Letourneux, « Kabylie », II, p. 220 et Robert, « L’Arabe tel qu’il est », p. 155.

REHÂMNA ET ZHÀRA

faits qui sont à la base de son mémoire auront été vérifiés et retrouvés dans les différents groupes de populations qu’il énumère 9), il lui restera l'honneur de les avoir signalés le premier. Toutefois les moeurs singulières des Zkâra avaient déjà été indiquées par Demaeght, qui avait fait connaître qu'ils passaien t parmi les arabes pour hérétiques, pour avoir des mœurs dissolues, pour ne pas pratiquer la circoncision (1 2 3). Parmi les groupes que Mouliéras cite comme ayant les croyances des Zkâra, se trouvent les Mlâïna, de la province de Fez; Aubin a signalé les rapports des Mlâïna avec les Zkâra, mais il ne dit rien de leurs mœurs : « ils forment, dit-il, une honnête république » (3). Nous devons dire ici, sans toutefois prétendre rien conclure de ce fait, que, lors de notre voyage à Fez, en 1901, nous interrogeâmes à plusieurs reprises des musulmans sur les Mlâïna et plusieurs de nos informateurs nous en parlèrent avec violence, disant que c’étaient des « khouârij », c’est-à-dire des hérétiques, qu’ils ne croyaient à rien et qu’ils commettaient couramment tou tes sortes d’horreurs, à commencer par la prostitution de leurs filles et par l’inceste. N’ayant pas été chez les Mlâïna et n’ayant pu, par conséquent, vérifier ces accusations, je mécontentai d’en prendre note et je les attribuai à une sorte de haine qu’auraient eue les Marocains contre ces étrangers ; je vois aujourd’hui qu’elles avaient sans

(1) Mouliéras, « Une tribu zénète antimusulmane au Maroc », in « Bull. Soc. Géog. Oran », 27e ann., t. XXIV, fasc. C, juillet-sept. 1904, p. 243. La première partie de cet article qui n’est pas terminé au moment où nous écrivons ces lignes, a paru dans le même périodique, 20e ann., t. XXIII, fasc. XCYII, oct.-déc. 1903, p. 293 seq.

(2) Dans le même périod., 19e ann., t. XXIII. fasc. LXIX, avr.-juin 1896, p. 193-194.

(3) Aubin, « Maroc d’aujourd’hui », p. 104.

REHAMNA et zkâra

doute quelque fondement. Les Rnânema du Sud Oranais, donnés également par Mouliéras, comme « affiliés au Zkraouisme », nous sont également connus pour exercer, en général, des métiers méprisés, pour être impies et pour laisser jouir leurs femmes d’une liberté singulière (*). Il y a donc là un ensemble de présomptions qui doivent faire prendre en grande considération les révélations de l’auteur du « Maroc Inconnu ». Mais en ce qui concerne les Rehâmna, nous ne pouvons apporter aucune confirmation à ses assertions : dans la petite étude que nous en avons faite, nous n’avons rien trouvé qui se rapporte à des coutumes aussi étranges que celle àujus jmmæ noclls des Zkàra (1 2), de la « nuit de l’erreur » (3), ou de la singulière forme de mariage décrite par l’auteur (4). Mais peut-être en aurions-nous trouvé des traces si nous avions été prévenus; si, dans tout ce que nous exposons au cours de ce chapitre, rien ne se rapporte aux

(1) Cf de la Martinière et Lacroix, « Documents », II, p. 708. Cpr nos « Marabouts », p. 99.

(2) Je persiste à croire qu’il s’agit bien d’un « droit du seigneur », au cas ou l’information serait vérifiée ; même s’il était démontré qu'il ne s’agit que d’une « confession », suivant l’expression de Mouliéras, on devrait la considérer comme une survivance d’un tel droit, dont l’exercice serait tombé en désuétude. On a des exemples de sociétés sauvages accordant un droit de jus prima noctis au roi-prêtre ou roi-dieu de la société, Aoy., p. ex., les références données par AVestermarck, « Human Marriage », p. 7(>, sans aucunement adopter, pour cela, les conclusions de cet auteur.

(3) Je me permettrai de rapprocher de cette cérémonie de la nuit de promiscuité, une coutume très analogue rapportée par Léon 1 Africain, in Ramusio, I, fol. 61, A, à propos de peuples habitant dans les montagnes voisines de Fez.

(4) Celte forme de mariage se rapproche à la fois du mariage arnbilien limité et du mariage sémnndien des ethnographes modernes.

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