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DIVINATION PAR LE SANG, PAR L’OMOPLATE

endroit à ciel ouvert affecté à cet usage, et le fkîh se charge de tuer une partie des moutons et commet un certain nombre d'individus pour tuer le reste ; à chacun d’eux il désigne la tente où il doit sacrifier, lui remet un des couteaux et lui donne en même temps une poignée de dattes. Chaque mouton est égorgé devant les deux piquets formant montant au centre de la tente. A ce moment, on recueille du sang de la victime, auquel on mélange du harmel, un peu d'orge et un peu de charbon; puis quand le sang est coagulé, on examine ce mélange. S’il y a au milieu une grande raie blanche, c’est le « kfen » ou « linceul a, signe de mort; s’il y a des trous çà et là, c’est le « mers a ou « assemblage de plusieurs silos a, qui présage une bonne récolte; s’il y a des bosselures, c’est le « rnem » ou « bétail a, qui, à gauche, indique que l’année sera bonne pour les moutons, et à droite, signifie, au contraire, la prospérité des troupeaux de bœufs. Mais la divination par le sang n’est pas la seule qui soit en usage à cette occasion ; j on pratique aussi chez les Rehâmna, comme du reste dans toute l’Afrique du Nord, l’omoplatoscopie , c’est-à-dire la divination par les omoplates du .mouton sacrifié. 11 est curieux de constater que c’est là une cou tume répandue chez les peuples les plus divers du monde (b. El Idrîci signalait déjà Les Zénètes qui habitent entre Tlemcen et Tiaret, comme particulièrement versés dans la scapulomancie (1 2); au Maroc elle se pratique généralement; toutefois, nous verrons que certaines tribus berbères 11e la connaissent pas. On désosse

(1) Voy. les principales références relatives à ce sujet dans Tylor, « Civ. prim. », I, P- 1-16 et Frazer, « Golden Bough », I, p. 366; trad. franç., I, p. 273. On penl y ajouter une curieuse note de Havet, « Christianisme», IL p. 96, où il y a également d’intéressantes références.

(2) Idrîci, « Descript. Af. et Esp. », trad. Dozy et de Goeje, p. 106.

LA « FARÂJA »

l’épaule droite et on en retire l’omoplate : si elle est lisse, l’année sera bonne; si, au contraire, il y a une ligne blanche, c’est le signe du « kfen », de mauvais augure. Le premier jour de la fête, on ne mange que la tète, la fressure et les intestins; le deuxième jour, on mange le cou et les épaules; le troisième jour, on mange ce que l’on veut et on fait sécher le reste.

L’Âïd el Kebîr est encore marqué chez les Rehâmna par la « farâja », sorte de mascarade qui, au Maroc, se fait d’habitude à l’occasion de 'Âchoûrâ, mais qui, chez les Rehâmna, se fait en même temps que la fête des Sacrifices ; nous verrons plus loin en traitant spécialement des réjouissances de 'Achoûrâ, que cette variation de date s’explique très facilement. Dans la « farâja », on représente 'Azzoùna : c’est un individu imberbe qui s’habille en mariée et à qui on met des bijoux, comme s’il s’agissait d’une véritable fiancée juive (L. Autour d’elle s’empressent des musulmans déguisés en juifs et qui font semblant de vendre : les uns en faisant le simulacre de mesurer de la toile, donnent une giffle à ceux qui se trouvent trop près d’eux, les autres feiguaut de vendre de ces fausses perles qui se débitent couramment pour la parure des femmes et faisant le geste de les mon Lrer, j e tien t de la terre à ceux qui les regardent. . . Le cortège arrive à une tente ouverte, devant laquelle les femmes son t assises, parées et le visage dévoilé. Derrière est Bou J loûd Hérôma, individu déguisé en loup-garou, avec des peaux de mouton ou de bouc ayant servi à la fête; sur la figure, il a la tète du mouton ou du bouc et un bouquet de plumes sur la tête. Alors 'Azzoùna danse devant les femmes, les juifs dansent également, puis Hérôma se montre, on fait semblant

(1) 'Azzoùna est un nom donné aux juives.

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