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ORIGINE DES RITES D’ « INNÂÏR

cl Innâïr, il y a toujours dans chaque maison un objet, si mince soit-il, qui se brise ou se déchire : un plat, un vêtement, un bâton..., fût-ce une simple ficelle, ou un morceau d'étoffe. Ce même jour il est cf usage de faire un nettoyage complet de la maison et de renouveler certains ustensiles de ménage.

Comment interpréter ces croyances et ces rites? Nous sommes probablement en face, d’une ancienne fête" du soIsÏÏcëT Cela est hors de doute pour notre fête de Noël, à laquelle le clergé chante l’hymne Sol novus oritur (*). L’usage assez répandu de feux de Noël, analogue aux feux de la Saint- Jean (1 2) et qui sont un rite sympathique destiné à encourager, en quelque sorte, le soleil à reprendre sa course après son déclin, le démontrent évidemment. S’il était prouvé que les rites d’Innâïr se rapportent au solstice, on pourrait peut-être penser que les rites de deuil du premier jour marquent le chagrin qui accompagne l’abaissement extrême du soleil et que les réjouissances qui suivent marquent la joie de le voir reprendre sa course ascendante ; tes jetesjvxa g érées que l’on fait à cette occasion seraient un rite de magie sympathique, destiné à donner à l’astre une vigueur nouvelle. On peut encore plus sûrement rapprocher Innâïr des fêtes du renouvellement et du rallumage des feux qui ont lieu chez beaucoup de sauvages (3). La question des survivances romaines possibles dans les rites d’Innaïr est à réserver, étant donné l’état fragmentaire de nos connaissances à ce sujet ; de nouvelles observations sont à désirer.

Si le solstice d’hiver est marqué dans l’Afrique du Nord

(1) Tylor, « Civ. prim. », II, p. 385 et les références citées.

(2) Le même, loc. cit.

(3) Cf Frazer, « Golden Bougïi », II, p. 329 ; III, p. 248.

LA « 'ANSRA »

par des cérémonies dont l’origine se perd dans la nuit des temps7Té~soIsïïcë~d’été est également nne sortejie J fttajpii Correspond très^xactement a notre Saint- Jean, comme Faïïlr e"cô r respon d à notreJNoël. jün sait que chez un grand

nomBrTde" peuplêiTdés feux de joie ont lien à ces deux époques de l’année ; ceux du solstice d’hiver, qu'onn observe pas au Magrib, ont persisté chez nous dans l’usage de la huche de Noël. Quant à ceux du solstice d’été, que l’on

observe chez tant de peuples européens (0, ils ne font pas défaut au Maroc!1 2) et sont le principal rite qui marque le jour de la 'ansra » (3). La « 'ansra », suivant les Musulmans, tombe le 24 juin, de même que le « maoulid Aïça », tombe le 24 décembre de l’année julienne (4).

A la « 'ansra », chez les Rehûmna, on prend du blé que l’on bat ce jour- là même, on le fait bouillir à l’eau avec de la graisse, on y met du sel et on le porte sur 1 aire a battre. On fait un feu que l’on entretient avec des crottes de brebis, parce que cela fait beaucoup de fumée. Puis on arrose les meules de blé avec de l’eau et ensuite tout le monde mange

le blé qui a été préparé comme nous avons dit. ( )n allume les feux, de préférence auprès des jardins, de manière que la fumée touche les feuilles. Chez les Doukkâla, ce sont,

(1) Yoj. à ce sujet Mannhardt, « Baumkultus », p. 500 seq. ; Frazer, « Golden Boug-li », III, p. 207 seq.

(2) Cf Léon l’Africain, in Ramusio, I, fol. 41, D; Mouette, « Hist. Moul. Arcliy», p. 355; Pidou de St-Olon, «Emp. Maroc. », p. 47 ; Chénier, « Rech. sur les Maures », III, p. 224 (intéressant), etc..., et récemment Salmon, in « Arch. mar. », n° 2, p. 237. Cpr Masqueray, « Cités », p. 208 ; Larg-eau, « Pays des Rirha », p. 217 —

(3) Sur ce mot, Dozy, « Supplément », s. v.

(4) Il importe de ne pas oublier qu’il s’ag-it du calendrier Julien, en retard de 13 jours sur le nôtre.

LA « 'ANSRA »

paraît-il, surtout les chérifs qui allument ces feux et ils touchent le front des enfants avec la cendre qui en provient. On dit souvent d'un jardin qui donne de mauvais fruits : « 'ala khâter ma 'ançertou chi », c’est-à-dire « c’est parce que tu n'y as pas fait le feu de la « 'ansra ». Un autre proverbe dit : « L'âm ibân mel khrîfa ou l'ansra tsebbêk », c’est-à-dire : « On juge l’année à l’automne (qui la précède) et la 'ansra (an térieure) donne déj à un pronostic » . On dit ce proverbe pour présager le succès d’une affaire , suivant la manière dont elle commence : par exemple, si une demande en mariage débute par des discussions, on augurera mal de la suite du mariage et on citera le proverbe. C’est, qu’en effet, on croit encore que si le temps est nuageux le jour de la 'ansra, la prochaine campagne agricole sera bonne et cette croyance se rattache évidemment à la coutume de faire des nuages de fumée avec les feux du 24 juin.

A ces rites du feu se joignent étroitement des rites de l’eau, comme nous venons de le voir, en exposant la coutume des Rehâmna. Ainsi, par exemple, àMazaganetà Azemmoûr, le jour de la 'ansra on va se baigner dans la mer; on y vient môme d’assez loin; on apporte encore au bord de la mer des réchauds, dans lesquels on fait des fumigations d’encens. Tous les ans, à Tétouan, à la 'ansra, on voit passer les Jbâla de la région qui se rendent au bord de la mer : ils y restent la journée et se baignent tous, sans exception ; le soir, ils reviennent coucher à Tétouan. Chénier dit qu'à Salé, il a vu les jeunes gens faire « un pavillon en roseaux et en paille qu’ils faisaient flotter sur la rivière et auquel ils mettaient le feu en nageant et en folâtrant tout autour » CO; il serait bien intéressant de savoir si

(1) Chénier, loc. cil.

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