LES FEUX DE LA SAINT-JEAN
cet usage existe encore ; d’après Salmon on a coutume de brûler ce jour-là un hibou O. A Merrâkech, à la 'ansra, on n’allume pas de feux, on se jette de l’eau les uns aux autres, dans les maisons, dans les rues, et cela à pleins seaux, jusqu’à tremper entièrement ses habits; on jette aussi de l’eau sur les mosquées et sur les marabouts ; on immerge souvent même des personnes dans les «skâya», ou abreuvoirs ; personne ne travaille ce jour-là.
Ces divers rites ne forment qu’un ensemble assez fragmentaire : sans aucun doute les investigations ultérieures compléteront beaucoup ce tableau (1 2). Cependant, tel qu’il est, on y reconnaît très facilement les traits essentiels d’un cérémonial qui a été très bien étudié dans ces dernières années. Mannhardt et surtout Frazer ont démontré que les feux de la Saint-Jean, si répandus en Europe, sont des rites de magie sympathique tendant à donner de la force au soleil, à s’assurer pour la campagne agricole prochaine les bienfaits des rayons solaires, de leur lumière, de leur chaleur, et par suite la santé pour l’homme, les animaux, les plantes (3). On les accomplit surtout au solstice, parce que c’est un point critique dans la révolution du soleil et qu’il a besoin d’être soutenu en commençant sa course descendante ; aussi ces fêtes solstitiales sont-elles surtout répandues chez les peuples éloignés de l’équateur. De plus, on pense ainsi, chez les sauvages, purifier l’air des mauvaises influences et détruire ou chasser les mauvais génies. Si l’on saute à travers le feu,
(1) Salmon, loc. cit.
(2) Ces pages étaient écrites quand a paru l’article très complet de Westermarck, « Midsummer customs in Morocco », in «folklore », 1905, p. 27.
(3) Mannhardt, « Baumkultus », p. 521 ; Frazer, « Golden Boug-h », III, p. 300, 312.