FORTUNE DE SI 'ABDELHAMID
Dès que le sultan fût entré à Merrâkech, après la dispersion définitive des rebelles, il s’occupa de donner des caïds aux Rehâmna. Les rivalités des compagnons de Tahâr ben Slîmân et sans doute leur trahison avaient fait échouer la révolte : ils reçurent à ce moment le prix de leurs perfidies et le makhzen éleva plusieurs d’entre eux au caïdat. Or, 'Abdelhamid était toujours en prison : sa tribu, 'Arab Sellâm, sollicita sa grâce et le réclama pour caïd. Le makhzen 1 accorda de suite : 'Abdelhamid passa sans transition de 1 ombre des cachots à l’éclat des honneurs officiels, revirement de fortune commun au Maroc. Dès lors, fidèle aux conditions mises à son élargissement et à sa nomination, il entra dans les vues de Ba Ahmed, dont il épousa étroitement la politique. Ce fut lui qui poussa le makhzen à confisquer les biens que possédaient les Rehâmna à Merrâkech ; une grande partie des maisons leur appartenaient; certains quartiers, comme celui de Sîdi bel 'Abbés étaient presque entièrement à eux. 'Abdelhamid se chargea d’opérer les confiscations et versa de ce chef, au makhzen, de grosses sommes, dont on pense bien qu’il eut sa part. Il devint le grand favori de Ba Ahmed, au point que celui-ci ne faisait plus rien sans le consulter et il élimina petit à petit les grands caïds des Rehâmna, pour les remplacer et devenir gouverneur de tout le pays. Il était dans ces dernières années le plus puissant personnage du Hoûz.
Après la harka de Sokhrat-ej-Jâja (dans les Ouardîra), qui pacifia les provinces des Ghâouia et des Tâdla, le makhzen apparut plus puissant que jamais et les caïds envoyèrent des hédiya (cadeaux) considérables. 'Abdelhamid qui se trouvait à ce moment dans son gouvernement, écrivait à son fils, qui était à Merrâkech, de verser au makhzen une somme considérable, trente mille douros, dit-on, mais bien entendu