‹ MerrâkechChapitre 218 sur 223 · FORTUNE DE SI 'ABDELHAMID · texte numérisé non relu

FORTUNE DE SI 'ABDELHAMID

ce chiffre est incertain. Que se passa-t-il à ce moment? est-il vrai que le fils, El Hfvjj L'arbi, conçut le projet monstrueux de supplanter son père et de se faire nommer à sa place, ou bien le makhzen par une ruse machiavélique, chercha-t-il à faire croire au père que son fils offrait un fort pot-de-vin pour le remplacer, afin de les faiie îivaliseï de cadeaux et de toucher des deux mains? 11 est difficile de s’en rendre compte; mais le fils cependant ne paraît pas avoir été exempt de torts graves. On dit que du makhzen, on avisa 'Abdelhamid que son fils offrait trente mille douros pour avoir son commandement et que le père offrit de suite une somme encore plus forte, pour que son fils fut mis en prison. Quoiqu’il en soit, le fait certain, c’est qu El Hajj L'arhi fut emprisonné avec 1 assentiment de son pèie dans Me de Mogador pendant plusieurs années; d’autres emprisonnements de caïds suivirent et c’est vers cette époque que 'Abdelhamid se trouva seul maître des Rehamna. Pour loin enlever toutes velléités de révolte à l’avenir, il les traita avec une dureté, qui a laissé dans le pays de cruels souvenirs, comme d’inexpiables rancunes : ils furent pressurés au-delà de tout ce qu’on peut imaginer ; on prétend que 'Abdelhamid imposa une taxe d’une demi-peseta par tète et pai semaine, sans que personne en fût exempt, ni hommes, ni femmes, ni enfants. Ou raconte aussi de lui des actes de cruauté abominables, mais il est impossible de faire dans ces récits la part de la vérité et celle de l’exagération populaire. 11 est certain toutefois que les contributions excessives, les confiscations arbitraires, les emprisonnements multipliés sans îaison, terrorisèrent et ruinèrent la tribu pour longtemps. Enfin, lorsque le pacha Ben Dâoùd, gouverneur de Merrâkech, fut jeté en prison par ordre d’El Mnebblii, 'Abd el Hamîd lui succéda, sans cesser pour cela d’être caid des Rehamna.

ASSASSINAT DK SI «ABDKLHAMÎD

TI était alors à l’apogée de sa puissance, quand éclata la crise du tertïb : 1 ère des difficultés aurait probablement commencé pour lui, si la mort ne l’eût arraché à la scène politique. En septembre 1902, il était revenu de Fez très malade et il expira à Merrâkecli, au début d’octobre. Ses derniers jours furent marqués par de vives compétitions en vue de sa succession ; deux candidats se la disputaient : son fils, El Hâjj L'arbi et son khalîfa (adjoint) ; 'Abdelhamid se prononça pour son fils à son lit de mort et le désigna comme son successeur, dit-on. Néanmoins, le khalîfa, nommé El Mahdi, resta candidat. On dit que le jour même de la mort, les deux compétiteurs se firent des protestations d’amitié et que tout en s’avouant qu ils étaient rivaux, ils se rendirent a Sidi bel Abbés pour se j urer mutuellement de n’employer à soutenir leurs candidatures respectives que des moyens loyaux. Mais lorsqu’ils furent dans le marabout, El Mahdi abusant de la confiance d El Hâjj L'arbi, tira sur son rival un coup de pistolet et l’acheva d’un coup de poignard, dans le sanctuaire même ; sans doute il était assuré de la complicité des gens de la zaouia, car il put sortir sans être inquiété.

I uis il multiplia ses démarches, et répandit l’or à profusion, poui ne pas être arrêté. Il ne le fut pas et on le laissa se rendre a Fez avec son fils, pour y excuser son crime et acheter le caïdat.

Nous avons fait allusion plus haut à la crise du tertïb : nous aurons l’occasion d’expliquer en détail ce que fut cette crise. Qu’il nous suffise de dire ici que, pour les campagnes, le résultat le plus clair et même le seul tangible, fut qu’elles cessèrent de payer 1 impôt; si l’on excepte quelques tribus çà et là et en particulier celles qui sont administrées par Si Aïça ben 'Omar, des environs de Saffi, le Hoiiz depuis quatre ans ne paye plus de contributions; les caïds n’osent

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