PAS DE FÉODALITÉ AU MAROC
sont souvent reliés les uns aux autres par une sorte de lien de vasselage et de suzeraineté; mais dans ces cas peu nombreux, nous sommes loin de la complication juridique des rapports féodaux, et surtout le trait essentiel de la féodalité, la présence d’une hiérarchie rigide et à degrés nombreux, fait complètement défaut. Nous n’y retrouvons pas non plus cet autre caractère de l’état social de notre moyen-âge, la tenure de fiefs dont la propriété est transmise héréditairement, sans toutefois être jamais complète; sans doute le marabout du Tazeroualt est maître absolu dans son domaine, et on peut, à la rigueur, le comparer à un comte du XIe siècle, qui reconnaît à son souverain des droits tout théoriques sur son comté; mais c’est tout, l’organisation du Tazeroualt n’est pas féodale et son maître n’est pas engagé dans une série de relations de vassal à suzerain, comme un seigneur féodal; un seigneur ne fait pas la féodalité, celle-ci est un ensemble et cet ensemble n’existe pas au Maroc. D’autre part, le vassal et le suzerain du moyen-âge ont l’un envers l’autre des obligations définies ; au Maroc, les caïds sont à la merci entière du sultan et quant aux chefs indépendants, ils ne se croient tenus qu’à considérer le sultan comme imâm de la communauté musulmane ; celui-ci ne reconnaît aucun de leurs droits sur les populations, comme il le prouve en installant, chaque fois qu'il le peut, des caïds in jpartibus auprès d’eux. A-t-on jamais vu un souverain de Tazenakht ou de Sîdi Hichâm, se soumettre au jugement de ses pairs, en admettant qu’il s’en reconnût? C’est pourtant là un des traits caractéristiques de la féodalilé. Pour la féodalité religieuse, rien ne la rappelle au Maroc; le marabout des Tâdla est maître de son pays comme marabout, au lieu que l’évêque féodal distingue entre le spirituel et le temporel, et la preuve en est qu’il a deux