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LE « T A JE R

lettrés. Enfin, on abrège souvent « si » en « s » principalement au vocatif ; ainsi 1 on dit ; « noud a s », c est a dire .

« Levez-vous, ô Monsieur » (b. C’est encore ainsi que dans le sud du Maroc, pour répondre affirmativement, on dit:

(( Iyyès » qui est la contraction de : « Ih a s », c’est-à-dire :

« Oui, ô Monsieur »

Les mots de « senor, caballero, msiou», ne sont employés que par les indigènes qui ont fréquenté les Européens ; pour les autres, le chrétien qui vient au Maroc est un « tàjer » : telle est la dénomination exclusive qui lui est appliquée. Ce mot signifie en arabe « commerçant » et les Marocains, par ailleurs, Remploient entre eux et pour eux-mêmes quand ils veulent désigner un négociant. Mais lorsqu’ils l’appliquent aux Européens, ils le font sans distinction, qu il s’agisse ou non de commerçants et cette expression prend en ce cas un sens toujours plus ou moins défavorable. Ainsi employé, ce mot finit par constituer une sorte de titre d’un rang inférieur servant à désigner le chrétien, comme une manière do «monsieur» péjoratif. Si vous êtes inconnu on vous interpellera simplement en disant : « Yà t tàjer ! », si votre nom est connu, on ne manquera pas de le faire précéder du titre de « tàjer », et cela, nous le répétons, quelle que soit votre profession. Sans doute, pendant de longs siècles, les Marocains n’ont guère connu de chrétiens que les commerçants qui venaient trafiquer chez eux, et ainsi s’explique le changement de sens qu’a subi l’expression de « tàjer ». Ce n’est pas, du reste, la première fois dans l’histoire de la langue arabe que le sens de ce mot est ainsi altéré : dans la poésie antéislamique, il signifiait, en effet, « marchand de vin » et le mot « hânoût » qui signifie

(1) Cf Mouliéras, « Maroc inconnu », I, 71. L’abbréviation au vocatif est d’ailleurs un fait bien connu dans toutes les langues.

LE « TOBÎB »

aujourd’hui partout « boutique, magasin », avait le sens de « cabaret ». Or, ces marchands de vins qui venaient pour la plupart de Syrie sur les marchés de l’Arabie, étaient généralement chrétiens, et c’est par eux, du reste, que beaucoup d’idées chrétiennes se sont introduites dans l’Islam (b.

Que si le voyageur au Maroc a trop d’amour propre pour consentira n’ètre qu’un vulgaire «tâjer», il lui reste la ressource de se faire passer, soit pour médecin, soit pour consul ou attaché à un consulat ; dans le premier cas, on lui décernera le titre de « tobîb » et dans le second, celui do « konsol ». La qualité de médecin que les Marocains reconnaissent, comme nous 1 avons dit, avec facilité a la plupart des chrétiens, procure sûrement à celui qui prend ce titre, une nombreuse clientèle de consultants, mais elle crée d’autre part au voyageur tant d’embarras, qu’il ne lui reste vraiment aucun loisir pour ses études ; elle ne lui attire, d’ailleurs, aucun surcroît de considération ; quant à la qualité de consul que nombre d’Européens ne se font aucun scrupule d’usurper dans leurs tournées à l’intérieur, elle peut procurer quelques facilités dans certaines régions, principalement celles qui sont voisines de la côte, mais on aurait grandement tort de s’en exagérer la portée. Enfin, il est un autre titre que l’on peut, avec de la patience et l’étalage de quelque science, se faire décerner au Maroc, et nous

(1) Voyez, p. ex., p. « tâjer », Imrou 1 Kaïs, XVII, v. 5, éd. Ahlwardt, «The divans of the six ancient Arabie poets », etc..., et pour « hânoût », Aous ibn Hadjar, éd. Geyer, IV, v. 3. — Signalons encore ici que Martin Hartmann, « Der islamiche Orient», I, p. 30, pense que le mot « toundjer», qui désigne un groupe de populations du Darfour, du Wadaï, du Bornou, vient du mot arabe « toudjdjâr », pluriel de « tâjer». Cf Barth, « Reisen in Africa », III, p. 383 ; Nachtigal, « Sahara und Sudân », II, p. 256, 345; Kampffmeyer, « Materialien zum Studium d. arab. Bed. Dial. Innerafrikas », in « Mitt. Or. Sem. », 1899, p. 166.

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