‹ MerrâkechChapitre 24 sur 223 · LE « HAKÎM · texte numérisé non relu

LE « HAKÎM

l’avons nous-même porté pendant quelque temps : c’est celui de « hakîm » (b, mot qui dans la langue littéraire signifie <x un sage » et qui sert en particulier à désigner les philosophes de l’antiquité, mais au sens duquel dans l'usage s’est adjoint l’idée de médecine et de sorcellerie, quelquechose comme le Virgile du Moyen-Age ; alors que le « tobîb » n’est que le guérisseur par les drogues, le « hakîm a est un sage qui a reçu la tradition des doctrines do l’antiquité et qui parce qu’il possède les sciences connues et cachées, peut guérir par des médicaments ou par des procédés occultes (* 2).

Toutes ces ruses ne valent pas une attitude digne et une grande patience : en se montrant toujours correct, discret dans les interrogations, sérieux dans tous les entretiens, honnête dans les petites transactions de chaque jour, en faisant preuve de calme, en évitant de se mettre en colère, de trop parler, de lier conversation trop facilement, en restant juste, mais sévère, libéral mais non d’une générosité outrée, en s’abstenant ostensiblement de tout ce qui choque les usages des musulmans, on arrivera avec le temps à inspirer une confiance que ne procureront ni les déguisements, ni les mensonges.

(26 mars). Nous décampons à six heures et demie du matin et cette opération ne s’accomplit pas sans difficultés :

(E Lentz portait ce titre dans son voyage à Merrâkech ; «Tombouctou», I, p. 254.

(2) Gpr Delphin, « Textes », p. 59 ; « ahkîm est celui qui a des

connaissances en médecine et auquel les génies obéissent. Il sait tracer les talismans et faire des incantations, soit avec le Coran, soit avec d’autres paroles». Sur hakîm en Turquie, avec le sens de médecin, Garcin de Tassy, « Mém. s. 1. noms propres, etc. », p. 32, n. 3.

SOUÂLEM

les gens de la nzâla, accroupis autour de nous, regardent placidement nos hommes se débattre en se gardant bien de nous venir en aide. I/un de nous interpelle un de ces spectateurs : « Yâ râjel, 'ati lna îd allâh bâch enrefdou (b, âji terbah », c’est-à-dire : « Eh ! homme ! donne-nous la main de Dieu pour charger nos bagages ; viens (c’est une action) qui te profitera (auprès de Dieu) ». Il est rare qu’un Arabe n’entende pas un appel de ce genre, et le chargement terminé, nous sortons de Moùlaye Zidân pour entrer immédiatement dans la « râba ».

Cette râba est ce que les Européens appellent pompeusement la foret de Souâlem 5 tel est le nom d’une fraction des Oulad Zeyan qui est séparée du restant de sa tribu par tous les Medioûna et s’étend au bord de la mer. La forêt en question est une vaste étendue de broussailles très hautes et très denses ; le lentisque ou « drou » en forme la plus grande part : il s’élève à hauteur d’homme, plus haut même, et ses branches sont si bien intriquées que toute la râba forme un impénétrable fourré. Au milieu de ce taillis, la route de Casablanca a Azemmoûr trace, à la mode du pays, ses petits sentiers sinueux qui se croisent et s’entrecroisent, et qui découpent dans la masse de la végétation des îlots de lentisque ; la dent des bêtes des caravanes en a tellement brouté les pousses qu’on dirait qu'ils sont taillés exprès, comme ces haies d’aubépines dont les paysans français aiment à enclore leurs jardins et qu’ils mutilent horriblement pour leur donner des arêtes vives et des contours rectangulaires. De beaux Cimeterres à corolles ornementales et claires s’accrochent et grimpent çà et là dans cette ver-

(1) he verbe « rfed », s emploie pour dire : décamper, charg*er les bêtes; le mot « hêtt » sigmilie, au contraire: décharger les bagages, pour camper.

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