LA VIANDE DE PORC
rejettent avec mépris la viande du sanglier, il n’en est pas de même partout ; en effet, les tribus Châouia de Zyâïda et de Béni Oûra mangent parfaitement cet animal; ils ajoutent même que sa chair est très saine et guérit la syphilis.
Cette consommation de la chair du « halloûf el fâba » est du reste générale chez les populations mal arabisées du nord du Maroc (b. On en mange même dans Fez, en cachette (1 2) ; un voyageur du siècle dernier rapporte que le souverain Moûlaye Ed Dehebî en faisait, avec le renard rôti, ses plats favoris (3). A Rabat, où les Européens font l’élevage du porc, les gens des tribus berbères voisines qui servent de gardiens aux éleveurs ne dédaignent nullement la viande des bêtes qu’ils ont à garder. Cet élevage du porc qui se pratique dans plusieurs villes de la côte, a d’ailleurs jadis donné lieu à de vives résistances de la part du makhzen. La vue de l’animal immonde choquait les yeux des musulmans orthodoxes et il fut interdit d’en posséder dans les villes. Même dans les campagnes, chaque famille ne pouvait élever qu’un porc qui devait être gardé dans un enclos (4). Toute cette réglementation est tombée depuis longtemps en désuétude et à Casablanca, par exemple, on peut voir aux abords de la
(1) Cpr. Mouliéras, «Maroc inconnu», I, p. 57 ; II, p. 297, 492-493 ; id. , «Zkàra», p. 325 ; Quedenfeldt, « Nahrungs. Reiz. und kosmet. Mitteln bei d. Marokkanern », loc. cit., p. 242. — C’est sans doute pour ne pas contrarier complètement le goût de ses contemporains à cet endroit, que le réformateur religieux Hamîm, leur avait permis dans sa nouvelle religion de manger la femelle du porc, « car, disait-il, Mahomet a défendu le porc, mais non la femelle du porc » (El Bekri, trad. de Slane, 230). Hamîm prêchait chez les Rmâra, c’est-à-dire chez des populations où, encore aujourd’hui, la consommation du sanglier est courante.
(2) Mouliéras, «Fez», p. 102 seq.
(3) Braithwhaite, « Révol. de l’Emp. de Maroc », p. 320.
(4) Cf Fumey, « Correspondances marocaines », I, p. 41.