SANGLIERS APPRIVOISÉS
ville, des troupeaux de cochons qui cherchent leur nourriture dans ces immenses tas d’ordures ménagères et autres que l’incurie du gouvernement laisse, au mépris de l’hygiène la plus élémentaire, s’accumuler aux portes de toutes les grandes villes. Ces cochons, de couleur noire, sont d'une race particulière et auraient subi de nombreux croisements avec les sangliers d).
Ce n’est pas seulement au Maroc que le sanglier constitue une ressource alimentaire , on le mange aussi çà et là dans les tribus arriérées de l’Afrique du Nord ; nous l’avons constaté personnellement dans la petite Kabylie (1 2) et le fait s’observe aussi dans la Khoumirie tunisienne (3). Il faut noter que la plupart de ces tribus mangeuses de la viande impure se trouvent dans des régions plus ou moins forestières où l’élevage est difficile et que cette viande est la seule dont elles disposent.
11 n’est pas rare de trouver, surtout chez des personnages riches, de petits sangliers apprivoisés qui courent dans toute la maison et dont on ne redoute nullement le contact, déclaré cependant immonde par la religion. Quelques Algériens se donnent aussi cette fantaisie, si c’en est une. Une croyance générale au Maroc, et répandue également en Algérie, pourrait peut-être en suggérer quelque explication : on pense en effet que la présence d’un sanglier parmi un
(1) Cf Buchet, «Miss, scient. Maroc », in « Arcli. Miss, scient. », t. X, 1903, p. 382.
(2) Edmond Doutté, « Excursion forest. dans la rég. du cap Bougarone », in « Bull. Soc. Géogr. Oran », 1897, p. 237. Nous devons ajouter que cet usao-e alimentaire disparaît rapidement devant la diffusion de l’orthodoxie musulmane qui accompagne partout notre pénétration, chaque jour plus intime, des populations indigènes.
(3) Mouliéras, « Maroc inconnu », II, p. 492-493.