DEPORTATION DES TRIBUS
a pris subitement de 1900 à 1903 une importance extraordinaire, à la suite de quelques demandes de graine de lin faites par le commerce européen. Comme elle s’est trouvée avantageuse pour eux, les indigènes de toute la région des Doukkâla lui ont donné une extension énorme. 11 semble cependant qu’ils pourraient bien éprouver quelque mécompte de leur engouement : sans tenir compte de l’avilissement des prix qui surviendra nécessairement à la suite d'une production exagérée, les terres qui auront fourni tout ce lin seront épuisées, quelles que soient leurs réserves, etne pourront se reconstituer, à défaut d'engrais complémentaires, que par une jachère prolongée.
Comme les Chiâdma, les Ghtoûka sont comptés par le makhzen dans les Doukkâla et sont une fraction d’une grande tribu du Soùs déplacée probablement par mesure politique. Tous tes souverains musulmans de l’Afrique du Nord ont usé de ce moyen pour châtier les populations rebelles : nous 1 avons également employé et nous savons par des inscriptions que les Romains avaient aussi l’habitude de ces déportations à grande distance (b. Ces déplacements, joints aux morcellements naturels de tribus devenues trop grandes pour subsister sur leurs territoires primitifs, et aux innombrables migrations des peuples pasteurs, ont fait des groupes sociaux de l’Afrique du Nord, l’écheveau le plus
(1) Voy. à ce sujet St. Ctsell, « Chron. archéol. afr. », in «Mél. Arcli. et Hist. Ec. fr. de Rome », t. XIX, 1899, p. 48, et n. 1, avec renvoi à un passage de Gagnât, « Armée romaine ». Les migrations et la répartition des tribus dans 1 Afrique du Nord sont l’un des chapitres les plus ardus de la sociologie du Magrib. A ce sujet le beau livre de Carette n’a pas été dépassé jusqu’ici, quoique depuis l’époque où il écrivait de nombreux matériaux nouveaux aient été mis à jour, qui permettraient de reprendre la question et de compléter cette première ébauche.