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LES MARABOUTS

faire souche de marabouts; mais on n’emploie pas ce mot pour désigner l’édifice qui renfermera le tombeau de ce pieux homme. Chez les Chleuh, le marabout est appelé « agourrâm » et son influence est généralement beaucoup plus grande que celle des chérifs ; il est rare qu’un caïd ose entreprendre quelque chose contre un « agourrâm)), tandis qu’il respecte beaucoup moins un chérif. Le mrâbêt semble donc représenter une forme de sainteté permanente et plus ancienne probablement que celle du chérif.

On se sert encore pour désigner un saint du mot « ouâli » (oualiyyoun en arabe littéral), mot qui exprime simplement un certain degré dans les rapports mystiques de Dieu et du saint. La qualité d’ouâli (h (ouilâya) n’est pas héréditaire. Le mot sâleh est un terme tout-à-fait général, pour désigner des saints; le mot fkîr a un sens vague, il désigne des individus qui se livrent à l’ascétisme, derviches, marabouts, membres de confréries...

Enfin, chez les lettrés, le mot marabout, prononcé classiquement « mourâbit » signifie, comme en Orient et comme dans l’arabe littéral «celui qui combat les infidèles ». Dans la région d’Azemmoûr où le nombre des lettrés est grand, ceux-ci s’en servent principalement pour désigner les héros musulmans qui se sont rendus célèbres dans la lutte contre les chrétiens au XVIe siècle, à l’époque où le Maroc échappa définitivement à la domination portugaise et espagnole. C’est qu’en effet, te pays d’Azemmoûr a été le théâtre des luttes héroïques de l’islâm contre la chrétienté qui, après avoir repris l’Espagne aux musulmans, menaçait de leur ravir le Magrih ; aussi la terre que nous foulons est-elle la terre des marabouts par excellence, dans le premier sens du

il' C’est à dessein que j’écris « ouâli » avec un a long, parce que telle est la prononciation dans les dialectes du Magrib.

AZEMMÔÛR

mot, c’est-à-dire ceux qui sont morts en combattant dans la voie de Dieu « fî sabîli llâlii », suivant l’expression arabe employée pour désigner la guerre sainte ou « djihâd ».

Cependant môme dans la région où nous sommes, le vulgaire ne comprend le mot « mrâbêt » que dans le premier des deux sens que nous avons examinés, et pour désigner le « marabout » des lettrés, le champion de l'Islam, il se sert exclusivement du mot mjâhed (moudjâhid); pour lui, ce n’est pas ici la terre des «mrâbtîn» mais bien celle des «mjâhdin», ce qui est le mot général pour désigner les guerriers du « djihâd ». C’est une question difficile à éclaircir que celle de l’origine et des rapports de ces deux sens dans l’histoire du langage, mais nous avons déjà essayé de la traiter ailleurs et nous y reviendrons.

A 3 h. 10 enfin, nous voyons Azemmoùr, d’une blancheur immaculée, adossée à une colline d’un vert sombre, étageant ses maisons jusqu’au marabout de Moûlaye Bou Clia'ib, patron musulman delà ville. La vision d’ Azemmoùr, d’un blanc si pur et si doux, a quelque chose d’enchanteur ; on aime à se figurer qu’il doit s’écouler là, dans ce coin mort du vieux Magrib, dans les demeures intimes de cette ville silencieuse et vierge encore du contact de l’Européen, des existences béatement vides de pieux croyants, des vies entières passées entre les murs soigneusement crépis de chaux, sur les nattes et les tapis bien propres, dans la petite cour qu’ombrage une treille, entre la ferveur des oraisons et les douceurs de la famille, dans la gaieté de la lumière d’un soleil prodigue de ses rayons.

A cet endroit de la route est un petit bois dertem; un de mes compagnons musulmans qui, à la Ame d’ Azemmoùr,

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