PIERRES SUR LES MURS DES SANCTUAIRES
Merrâkech, devant la nzâla du mokaddem Mça'oûd, se dresse la « haouîta » de Sîdi Diyân, curieuse à cause de son air barbare, massive, antique, avec des créneaux à moitié écroulés ; on peut voir sur les murs de nombreuses pierres posées là par les fidèles comme des offrandes.
Ainsi encore, le sanctuaire de Sîdi-Ali ch-Cheffâj (1) situé près de Bâb Armât, à Merrâkech, comprend une koubba et
une haouîta dans laquelle il y a un puits, dont l’eau est naturellement réputée pour avoir des propriétés merveilleuses. Les murailles de cette haouîta sont couvertes, comme on le voit par la figure que nous donnons, de ces petites pyramides de pierres qui accompagnent si souvent les
( 1 ) Évidemment c’est une corruption de seffâj, «le marchand de beio-nets » : du reste, on entend aussi la prononciation correcte.
Fig. 17. —
Enceinte sacrée de Sîdi ch Cheffàj à Merrâkech
( Cliché de H. Veyre)
THEORIE DE L’OFFRANDE
kerkoûr. On entre dans l’enceinte du saint, on boit de l’eau, on pose un caillou sur le mur, ou on l’ajoute au sommet d’une petite pyramide, ou mieux encore, on en élève une soi-même et on s’en va visiter la koubba et prier. Dans Merrâkech, les marabouts sont le plus souvent enclos de murs plus ou moins élevés, sur lesquels on voit souvent des pierres déposées çà et là par la main des dévots.
Ces dévots, du reste, ne s’expliquent généralement pas leurs pratiques et sont incapables d’en donner aucune interprétation : seuls, les musulmans éclairés et lettrés les expliquent, quand ils daignent s’en occuper, car les gens instruits ne suivent point ces coutumes, en disant que c’est le simulacre d’une offrande ou que la pierre est là comme une sorte de gage du vœu qui a été fait. En fait, le dépôt d’une pierre est surtout effectué par ceux qui ont une grâce à demander au saint.
11 convient de remarquer que cette soi-disant offrande d’une pierre est d’autant plus usitée qu’il s’agit de marabouts plus populaires. Ce rite est à peine connu ou même ne l’est pas du tout au sanctuaire des grands marabouts musulmans comme Sîdi bel 'Abbés es Sebti ou Moùlayc Idrîs. On peut même dire que les rites relatifs aux pierres sont d’autant plus développés que le marabout auquel on les rapporte est moins orthodoxe. Ainsi, dans la grotte de Làlla Takandoût, chez les Hâha, grotte dont nous parlerons plus tard et où l’on observe un culte païen à peine islamisé de nom, les pyramides de pierres sont tellement nombreuses depuis l’entrée jusqu’au fond, qu’on ne doit avancer qu’avec précaution pour ne pas faire tomber quelqu’une d’entre elles. D’autre part, c est surtout dans le Hoùz que foutes ces pratiques sont répandues : les kerkoûr sont sûrement beaucoup plus rares dans le Rarb et la coutume d’apporter les