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RITES MAGIQUES

aucune. D’autre part, enterrer des cheveux, des ongles, une partie détachée du corps d’une personne; c’est évidemment la soustraire aux artisans de maléfices; mais c’est encore par le fait qu’on la met en sûreté, mettre aussi en sûreté, par magie sympathique, le corps de cette personne et il y a là encore une fois confusion dans l’esprit du primitif. Des rites que nous étudions nous paraissent donc complexes, alors qu’ils paraissent probablement à ceux qui les exécutent extrêmement simples, parce que leur esprit est moins délié que le nôtre et ignore les distinctions qui nous paraissent s’imposer.

Il faut ajouter à cela que de nombreux rites semblent s’être développés par pure analogie : par exemple, celui qui consiste à écrire une invocation sur un papier et à l’enfermer dans un tombeau, quand on veut semer la discorde entre deux amants ; ou encore celui qui consiste à mettre dans un nouet du sel, de l’orge et du charbon et enfermer le tout dans une tombe pour nouer l’aiguillette (û. Si l’on retire ces préparations de la tombe leur effet disparaît : il s’agit donc là de magie sympathique. Mais si on dépose ces objets dans une tombe, ce ne peut être que par analogie avec les rites que nous avons décrits plus haut, puisque nous avons admis que l’influence du tombeau ou du marabout est essentiellement bienfaisante : ce ne serait donc que par une déviation de la croyance primitive qu’on en viendrait à chercher par ce moyen à nuire à autrui.

(1) Sicard, « Takitount ». Voici encore un rite curieux cité par Sicard; il s’agit bien de cheveux, mais il n’y a pas de tombeau; pour se faire aimer d’une femme, on se procure de ses cheveux, on fait écrire un talisman, et on suspend le tout à une branche d’arbre. Chaque fois que le vent agite le petit paquet, le cœur de la femme palpite à l’unisson et s’emplit d’amour pour l’heureux bénéficiaire du charme.

PURIFICATION ET SACRALISATION

Hubert et Mauss ont montré que le sacrifice typique, celui dans lequel le sacrifiant se purifie du mal et se charge d’autre part d’un caractère sacré, en proportions égales, n’est presque jamais réalisé : habituellement l’un des deux courants, pour employer leur expression, prédomine sur l’autre. Ainsi en est-il dans les sacrifices de purification et dans les sacrifices de consécration : de même dans le cas qui nous occupe, tantôt l’expulsion du mal prévaut sur l’acquisition du bien, tantôt c’est le contraire qui se passe. Il y a des cas où le rite est un rite d’expulsion pure : par exemple, le jet de pierres dans le kerkoûr des cols de montagne; l’ablution peut aussi n’être qu’un rite de ce genre. Le fait de cracher, si commun dans les rites magiques, a souvent le même caractère (b. D’autres fois le rite ne représente que l’acquisition d’une qualité: c’est un rite de sacralisation; il en est ainsi dans le cas du fidèle qui lance une pierre au chérif pour la reprendre quand elle l’a touché (1 2); ou dans le cas de celui qui avale la salive d’un marabout (3) ; ou l’eau de ses ablutions (4) ; et d’une façon générale dans le culte des reliques.

(1) Sur l’action de cracher en magie voy. les références données par Frazer, « Golden Bough », I, 384, n. 3; Irad. fr., I, 316, n. 8.

(2) Cf. supra, p. 87.

(3) Quand le chérif d’Ouezzân vient en tournée en Algérie on lui présente les enfants pour lesquels on rêve quelque avenir brillant, devenir cadi, par exemple. Il leur fait ouvrir la bouche et lance un crachat dedans, en disant : « Tekra, in châ’ Allah ». Beau sujet d’indignation pour les modernes hygiénistes ! C’est d’ailleurs un rite d’initiation très répandu dans les confréries; les exemples seraient innombrables à donner. Pour un exemple ancien, voy. Bekri, « Afr. sept. », trad. de Slane, p. 312.

(4) « Pour amener la stérilité, les femmes, lorsqu’elles ont leurs menstrues, prennent de leur sang, le mélangent avec de l’argile et une herbe connue d’elles seules. Le tout est enterré : la fécondité reparaît si cette préparation est remise à jour, soit par la femme soit par toute autre

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