PRISE EN CHARGE I)U MAL PAR LES SAINTS
prennent à leur compte la souillure dont le croyant veut se purifier. Car dans la doctrine musulmane l’aumône est avant tout une purification; la dîme ou « zakât » qui est essentiellement une purification comme son nom l’indique (la racine « zakâ », signifie être pur) est conçue avant tout comme une offrande et une aumône. Ainsi le marabout, selon la croyance primitive plus tard déformée dans des sens divers, prendrait pour lui le mal dont le fidèle veut se débarrasser. On voit comme nous nous rapprochons ici des idées de rédemption et de sacrifice du dieu. Divers faits peuvent être invoqués à l’appui de cette manière de voir.
C’est d’abord la théorie mystique du « raout » : on sait que les musulmans appellent ainsi le grand saint, le pôle de chaque époque qui partage avec d’autres saints moins élevés en dignité le privilège d’assumer sur son corps pour en délivrer ses semblables les maux qui affligent l’humanité. Cette croyance, qui n’a jamais pris place sous sa forme complète dans la stricte orthodoxie est cependant fort répandue (b. Je rappellerai encore ici les exercices sanglants des Aïçâoua et les blessures qu’ils se font : il semble bien
(1) Voy. à ce sujet Bargès, « Cidi Abou Médien », p. III ; Rinn, « Marabouts et Khouan », p. 54 ; je dois dire que la théorie du raout, assumant tous les maux de ses contemporains, ne se trouve pas à ma connaissance, dans les ouvrages de mysticisme courants chez nos indigènes. On n’y relève que de vagues allusions, comme par exemple dans un passage maintes fois reproduit des Ta'rîfàt de Djordjâni. Cf. Blochet, « Esotérisme musulman», dans « Journ. Asiat. », XX, 1902, p. 58 seq. et les références qu’il donne; aussi Arnaud, «Etude sur le soufisme», par Cheikh 'Abdelhâdi, dans « Rev. Afr. », XXXI, 1887, p. 386 n. Pour une observation contemporaine d’un saint reconnu comme raout par le peuple à notre époque et supposé chargé de tous les maux de ses contemporains, voy. Féraud, « Ferdjic-ua et Zouàra », dans « Rev. Afr. », XXII, 1878, p. 364 et n.