INTERCESSION DES SAINTS
qu’encore dans ce cas, il y ait expulsion du mal, sinon par la mort, du moins par l’effusion du sang et la souffrance physique ; cela est particulièrement sensible dans le cas où ces sectaires se rendent, sur la demande de la famille, au chevet d’un malade et s’y livrent à leurs pratiques sauvages, dans le but de guérir le patient (h. Le corps des saints qui devient ainsi récep table de maux n’est du reste pas semblable à celui du commun des mortels : une singulière croyance fort répandue est que « la chair des saints est empoisonnée (1 2) ». Nous sommes persuadés que lorsque l’enquête sur le folklore du Nord de l’Afrique sera plus avancée, on découvrira des preuves certaines que, dans l’esprit de la masse, les saints guérissent en prenant à leur charge le mal de celui qui les implore : pareille croyance a déjà été constatée dans le folklore européen (3).
Enfin ce qu’on appelle l’intercession des saints, « chefâ’a», dont la théorie sert à légitimer le maraboutisme dans l’Islam, pourrait bien n’être en définitive que la prise en charge par le saint de la faute qu’il s’agit d’expier. A la vérité nous avouons n’ètre pas assez renseignés sur la doctrine de la cbefà'a chez les musulmans : les livres de théologie semblent ne mentionner que l’intercession qui aura lieu au jour du jugement dernier ; les livres de ’adab, d’autre part, ne parlent de l’intercession que comme d’une vertu purement sociale (4). Mais la dogmatique chrétienne peut à cet égard nous fournir quelques suggestions ; dans le
(1) Cf. Rinn. « Marabouts et Ivliouans », p. 331.
(2) El Kettâni, « Salouat el Anfâs », I, p. 10, donne de cette croyance une interprétation métaphorique.
(3) Voy. p. ex. Pérot, dans « Rev. Trad. pop. », XVIII, N° 6, juin 1903, p. 301.
(4) Rappelons ici que la fête des Sacrifices s’appelle aussi : « ech Chaf'ou ».