AFFAIRE DES TROIS MARABOUTS
Mohammed ech Cheikh ; c’est près d’elle qu’eut lieu l’entrevue solennelle des deux frères, après laquelle Abou l'Abhâs abandonna définitivement ses prétentions à l’empire et se retira au Tafilèlt (h. Le deuxième marabout était le fameux Abou Mohammed 'Abdallah el Koûch, qui repose aujourd'hui au Djebel Za'brân, près de Fez, du côté de la porte de Bâb el Guîça (1 2), et dont la tille, morte aussi en odeur de sainteté est enterrée à Merrâkech, près de la Ivoutoubia ; il était préposé à la cuisine d’un autre célèbre santon et les recueils biographiques donnent à ce sujet des détails singuliers. Enfin, le dernier marabout était Sîdi Abou 'Adallah Mohammed Kânoùn, des Oulâd Mtâ', tribu du Rarb (3 4). Léon l’Africain le rencontra à Amismiz , au sud-ouest de Merrâkech A. Ces trois marabouts s’enfermèrent dans Azemmoûr avec leurs troupes et un grand nombre de musulmans ; mais Louis de Lorero, dans une rapide sortie de nuit se porta sur Azemmoûr, surprit la ville, la pilla et fît prisonniers les trois marabouts. Ceux-ci durent composer pour leur rançon qui fut fixée à vingt-deux mille ducats ; en attendant qu’ils pussent la payer, ils durent laisser leurs enfauls eu otage. Revenus à Merrâkech, « ils furent bien receus du Roy lequel ils supplièrent leur vouloir accorder une permission de pouvoir demander leur rançon par
(1) Voir le récit de celle entrevue dans Diego de Torrès, « Relation des Chérifs », trad. franç., p. 140 seq. Ben Sàci est appelé: « le Morabite Abadala Bencesi ».
(2) Ibn 'Asker, « Daouhat », p. 81 ; Mohammed el Mebdi, «Moumti'», cah. 12, p. 7. Ce dernier parle aussi de sa fille Zohra, qui est également citée par Mohammed Serîr el Oufrâni, « Safoua », p. 102. Mort en 900 de l’Hég.
(3) Moh. el Mehdi, «Moumti" », cah. 7, p. 1-2. Mort en 981 de l’Hég.
(4) « Léon l’Africain », in Ramusio, f° 18, C. Cpr Marmol, « Alfrica », II, 27.
SAINTS D’AZEMMOÛR
aumosne, et leur estant octroyée la comission, ils y procédèrent si dextrement, avec l’opinion qu’on avoit d’eux, qu’ils eurent moyen de payer leur rançon et demeurer encore riches » (*).
Un hagiographe pourrait faire un gros livre sur les saints
Fig. 31. — La zaouia de Tîfc
( Cliché de l’auteur)
cheikh Moûlaye 'Abdallah Am ri
d’Azemmoûr ; peut-être existe-t-il d’ailleurs des compilations locales sur ce pieux sujet. O11 nous cite au hasard quelques noms : Sîdi Mohammed ben 'Abdallah , sur la route de Mazagan ; Sidi ben Naçer ; Sîdi ben Noùr ; Sidi 1 Mekki ch Cherkâoui.... A. On me cite encore, comme très vénéré ici, quoique n’y ayant pas un tombeau, le n\ Je retrouverai plus tard
i l) L’affaire est racontée d’une façon assez concordante d une part dans le « Moumti' », cah. 12, p. 7 seq. et El Onfrâni, « Nozhatel Hùdi», trad. Hondas, p. 37 ; de l’autre, dans Marmol, « Descripcion de Affrica », 11, fol0 60, et Diego de Torres, « Relation des Chérifs », trad. fr., p. 172. Mais Diego est le seul qui nomme les trois saints ; Marmol ne parle que de deux marabouts, Sîdi Ben Sâci et Sîdi Kànoùn ; d’autre part, la Nozhat et le Moumti' ne parlent également que de deux marabouts, mais nomment Sîdi ben Sâci et Sîdi ’Abdallàh el Koûch. Castellanos, « Hist. de Marruecos », p. 132, rapporte cette histoire et défigure atrocement les noms propres, déjà pas mal altérés par Marmol et par Diego.
(2) N’ayant pas étudié spécialement Azennnoùr, je ne puis chercher à identifier ces saints ; on m’assura toutefois, que Sidi Ben Naçer n avait rien de commun avec le saint bien connu de Tàmegroùt, ni Sidi Ben Noùr avec celui qui est sur la route de Merràkech, dans les Doukkàla, près du grand marché qui porte son nom.