MALADIE DES SAUTERELLES
il y a ici line sorte d’épidémie et il nous souvient qu’il y a tantôt dix ans nous observâmes un cas tout à fait semblable en compagnie du regretté Charles Brongniart, petit-fils du grand naturaliste de ce nom, qui était venu étudier ces orthoptères en Algérie.
Les Algériens se souviennent sans doute que l’on agita beaucoup à Alger vers cette époque la question de savoir s’il n’était pas possible d arriver à détruire les criquets en provoquant parmi eux des épidémies cryptogamiques artificielles. La question était ancienne : c’est à MM. Cornu et Brongniart que revient l’honneur de l’avoir posée les premiers, dans plusieurs communications à l’Académie des Sciences, en 1878, 1879, 1881. M. Le Moult, avec ses expériences de destruction des vers blancs par le Botrytis (enella, donna un regain d’actualité à la question qui devint brûlante à Alger en 1891 . Il advint même que les discussions s’envenimèrent : on avait affaire à un cryptogame polymorphe, véritable protée, qui se jouait in vitro des efforts des savants. Du reste les expériences ne sortirent pas du laboratoire (b, et la vue des sauterelles lamentables de 'Aïn Gueddîd évoque en nous le souvenir de ce tournoi scientifique.
La broussaille continue, nous traversons l’oued Jerâr où coule à peine un filet d’eau ; les Oulâd Jerâr sont une fraction de la grande tribu des Medioùna sur le territoire de laquelle
(1)A oir dans les «Comptes-rendus de l’Académie des Sciences» de 1801, les notes de MM. Brongniart, Künckel et Langlois, Giard.... Voir aussi les C. R. de la « Société philomathique de Paris », 26 oct. et 26 déc. 1891. Je crois devoir rappeler ici que je fus témoin d’un essai de destruction des criquets par arrosage d’une eau chargée de spores de Botrytis, dont le résultat fut excessivement convaincant. Cela se passait à Birmandreis, dans la propriété de AL Bigle qui avait bien voulu se prêter à cet essai. Malheureusement l’expérience fut unique, et Brongniart, rappelé en France, ne voulut pas la publier, par scrupule scientifique.
LES NZÂLA
S6 trouve lu ville de Casablanca. (ai et lâ, le lupin couvre le sol de la verdure de ses élégantes folioles et étale les grappes de ses fleurs bleues ; il y a aussi une grande crucifère blanche et une jolie fleur solitaire qui semble être du genre des scilles. Les caravanes sont nombreuses et la cam-
pagne animée, mais les douars sont peu fréquents. A 3 heures 40 nous sommes à Dàrben Abîd et à 4 h. 30 nous campons dans la nzâla de Moùlaye 0) Zîdan.
Ces « nzâla » sont, on le sait, de petits douars ou simplement des enclos dont b autorité administratrve fixe 1 emplacement et qui, moyennant un droit modique, offrent aux voyageurs un refuge de toute sécurité. Le droit est perçu sur les hôtes et non sur les individus : autrefois il paraît que les juifs et les chrétiens devaient payer pour leur personne, mais dans la pratique on n’oserait pas, à notre époque, réclamer ce droit aux chrétiens ; cependant les juifs y sont encore soumis (1 2). Les gens de la nzâla sont responsables do la sécurité des voyageurs qui s’y sont arrêtés ; d’autre part, le makhzon décline souvent toute responsabilité, lorsque des voyageurs qui ont campé en dehors des nzâla viennent se plaindre d’avoir été molestés. Il arrive même par les temps de troubles
(1) Bien qu’ayant adopté d’une façon générale la règle de ne pas mettre d’e muet à la fin des mots arabes transcrits en français, cependant le mot Moùlaye prononcé à la française rend si bien la prononciation arabe que nous l’adoptons dans des cas comme celui-ci.
(2) Dans certaines contrées peu sûres du blàd el makhzen, les nzâla sont autorisées en outre à prélever un véritable droit de péage même sur ceux qui ne font que passer. Il en est ainsi dans les pays où, l’autorité étant très peu respectée, le sultan est obligé d’accorder ce droit aux tribus, pour les empêcher de piller. De Foucauld, « Reconnaissance », p. 236.