LE MARCHÉ DE SÎDI BEN NOIR
grande importance à ce point de la route ; et nous reprenons la marche sur le plateau où errent maintenant d’immenses troupeaux : le sol du chemin est devenu sablonneux, l’herhe rare et la flore pauvre, la terre est couverte de petites marguerites jaunes et blanches qui forment à perte de vue un parterre éblouissant.
Enfin, vers trois heures, nous voici au marché de Sîdi Ben Noùr qui se tient tous les mardis et qui est le centre de transactions commerciales le plus important entre Mazagan. et Merrâkech. Les marchés marocains se tiennent habituellement à partir de midi jusqu’à la fin du jour, au rebours des marchés algériens qui, commençant aux premières heures de la journée, battent leur plein de huit à dix et sont terminés à midi. Mais d’une façon générale les Marocains des pays que nous traversons dorment plus et se lèvent plus tard que les Algériens. D’autre part, il semble que le Marocain met un peu moins d’assiduité à fréquenter régulièrement les marchés que l’Algérien. En certaines régions de l’Algérie, l’opinion publique juge défavorablement celui qui ne se rend pas au marché et res te dans son douar : ilnous a semblé que cette manière de voir était moins accentuée dans le Hoùz ; on saiL que certains kânoûn de la grande Ivabylie prononçaient des amendes contre ceux qui sous le prétexte qu'ils n’avaient rien à vendre ni à acheter s’abstenaient de prendre part au marché (É : quelque chose d’analogue doit exister chez les populations berbères du Maroc.
Les Marocains, au moins ceux dont nous traversons le pays, déjeûnent au marché, ce qui, chez les Algériens, serait considéré comme scandaleux. C’est en effet une croyance très répandue en Algérie, et même au Maroc, qu'il est hon-
(1) Cf Robin, « Fetna Meriem », in « Rev. Afr. », XVIII, n° 105, maijuin 1874, p. 163.