LES CHANTEUSES CHEZ LES DOUKKÂLA
d’un incident minime et qu’on n’arrive souvent jamais à connaître dans la suite : Le bruit se répand comme une traînée de pondre qu’on pille le marché ; à la simple audition de cette nouvelle, quelques marchands se mettent à fermer boutique précipitamment sans ordre et en bouleversant leurs marchandises. Aussitôt le tumulte s’étend, les honnêtes gens se sauvent et tous les mauvais sujets, comme il y en a toujours en grand nombre sur un marché, se mettent à piller effectivement au milieu du désordre, bien qu’ils ne fussent pas venus dans cette intention. Le marché se termine ainsi dans un sauve-qui-peut général dont profitent seuls les gens de mauvais aloi. Il y a évidemment des nefra'a organisés intentionnellement mais il est fréquent de les voir se produire d’une façon pour ainsi dire spontanée et il est rare que l’autorité arrive à enrayer rapidement le désordre. Au Maroc la nefra'a s’appelle <x kesra » : on dit : « Es souk enkecer », mot à mot : « le marché s’est rompu » c’est-à-dire il y a eu une panique, une nefra'a qui a rompu le marché.
Le marché de Sidi Ben Noùr est chaque semaine le rendez-vous de tous les chanteurs et surtout des chanteuses de la région : c’est là que de très loin on vient les engager pour une fête, un mariage, une circoncision, etc. Ces chanteuses sont répandues dans tous les Doukkâla et jusque dans les Cbiàdma, il y en a aussi dans les Châouia. Elles habitent au milieu de leur famille qui vit du produit de leur art et de leur débauche. Elles ont d’habitude des frères ou des parents qui leur servent de soutiens, qui les suivent dans leurs tournées et les accompagnent toujours pour les défendre au besoin; ils vivent du reste en bonne intelligence avec les nombreux amis de l’artiste et savent 11e pas se rendre importuns au visiteur. Ces mœurs sont admises par l’opinion