CHANTS DU MOULIN
viande, sinon un couscous aux oignons ou aux courges. Entre temps, la femme, dans la journée, bat le beurre, en sépare le petit-lait, carde la laine, fabrique les vêtements de laine, tisse les tapis, moule et fait sécher la poterie. Suivant la saison, elle s’occupe activement aussi des travaux de la culture qui sont accomplis en grande partie par elle, sauf les labours faits par les hommes et la moisson à laquelle tout le monde travaille ; elle sarcle, elle bine, elle glane seule ; dans les pays à argan , elle s’occupe de la cueillette du fruit de l’arganier et de la fabrication de l’huile, à l’exclusion de tout autre travail de culture. Telle est la dure vie des Bédouines.
Cette vie de labeur, elles la charment par des chansons comme celles qu’elles se renvoient l’une à l’autre cette nuit en broyant le grain sous la meule. Voici l’un de ces chants du moulin :
« Tu me rends folle, ô moulin — La longueur de la nuit me pèse — Tu me rends folle, ô moulin — J’en ai les mains douloureuses — Je ne pardonne pas à ma mère — Ni à celui qui fut présent à mon mariage (1 2 3) — Qui amena le cadi et les témoins — Avec leurs turbans, comme ceux des juifs (3) )).
Ou encore :
« Sous la terre de la tombe, tu n’es plus visible, ô Kheïra — Tu es emprisonnée dans une maison où il n’y a qu’obscuri té — Tu as quitté Ahmed et sa sœur Mahjoûba — Tu es
(1) Je n’ai pu recueillir cle chants du moulin marocains ; ceux qui sont donnés ici sont du département d’Oran : peut-être ont-ils cours au Maroc, car ces sortes de compositions sont très uniformes ; en tous cas, ils donnent une idée du genre.
(2) Probablement le père ou le tuteur.
(3) Les hommes de loi portent de gros turbans, les juifs aussi.