‹ Merveilles de la force et de l'adresse: Agilité--souplesse--dextérité. LesChapitre 18 sur 61 · COURSES ET COUREURS DANS L'ANTIQUITÉ ET AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

COURSES ET COUREURS DANS L'ANTIQUITÉ ET AU MOYEN AGE

Utilité de la course, dans les temps anciens. — Achille aux pieds légers.

— Combien la course était tenue en honneur. — Les différentes espèces de course. — Coureurs grecs et romains. — La rate. — Opinion des anciens sur son influence. — On cherche à la brûler ou à l'extirper. — Les peichs ou Coureurs du Grand Turc. — Leur singulier accoutrement.

— L'abbé Mcquet. — Le coureur des Polignac

Quelques éléments d^anatomie n'auraient peut-être pas été déplacés dans cet ouvrage. La connaissance du squelette humain eût fait mieux comprendre les phénomènes de la force. A ces notions scientifiques , seraient venues se mêler des considérations tirées de la physiologie pour /expliquer le principe de l'action des muscles ; mais ces développements nous auraient entraîné trop loin. 11 suffira de savoir que les manifestations dont il a été parlé dans le livre précédent, et les phénomènes qui formeront le sujet de celui-ci, découlent d'un seul et même principe, le mouvement. Que seraient la force et l'adresse, si les corps n'avaient pas la. faculté de se mouvoir et de se déplacer? C'est sans doute par instinct que l'homme eut Tidée du mouvement. Que se passa- t-il, dans son cerveau, le premier jour de sa création? Je l'ignore, et mon lecteur n'est pas beaucoup plus instruit que moi sur ce point. Mais je ne crois pas trop m' aventurer en disant que ce jour-là, dès qu'il se sentit pressé par la faim, l'homme se leva.

et marcha pour atteindre les fruits qu'il jugeait à sa convenance; — chemin faisant, il rencontra quelque obstacle, et le franchit en sautant, — peut-être même courut-il, en voyant courir des animaux qui cherchaient comme lui leur pâture. Voilà donc la marche, le saut «t la course faisant en même temps leur apparition dans le monde.

Dans les premiers âges, la course était pour Thomme d^yne utilité merveilleuse. 11 ne s'agissait pour lui de rien moins que d'atteindre les animaux dont il avait besoin pour sa nourriture ou de fuir leur dent redoutable. Tel est le seul usage que les premiers hommes firent de la course. Plus tard, quand la chasse à l'homme ou la guerre, remplaçant la chasse aux animaux, devint l'occupation principale du genre humain, l'agilité fut également d'un trèsgrand secours, 'pour échapper à un ennemi plus fort ou pour en surprendre un plus faible. La course fut le complément de l'art de la guerre.

Qui n'a enteadu parler à' Achille aux pieds légers? Dieu sait combien le retour fréquent de cette épithète a valu de sarcasmes au chantre d'Ilion ! Hais le bien courir n'était pas à dédaigner dans un temps gù l'on serrait de près son adversaire. Après l'invention des armes à longue portée, l'agilité devint moins nécessaire, et de notre temps la victoire ne dépend plus de la souplesse des jambes que le canon d'ailleurs fauche sans merci, pareil au moissonneur qui fauche les blés mûrs. Achille avec ses pieds légers ferait de nos jours un triste personnage. Car il aurait beau dire ; on le prendrait bon gré mal gré comme un simple colis ; on le transporterait par la voie ferrée jusque sur le théâtre de ses exploits, et peut-être reviendrait-il, avec une jambe de moins, pensionnaire de l'hôtel des Invalides.

En raison des services importants qu'elle pouvait rendre autrefois à la guerre, la course était considérée comme

COURSE Et COUREURS. , . ' 10»

une dés occupations les plus dignes d'un homme libre. On ne tarda pas à la cultiver dans les gymnases, et à lui don* ner une^place dans les jeux publics, surtout à Olympie. Elle faisait même le principal ornement de ces fêtes. C'est par cet exercice envisagé comme le plus noble, que s'ouvraient les jeux solennels ; la lutte ne venait qu'en second lieu. C'est également par là que débute Homère, quand il décrit les jeux de force et d'adresse ; c'est par là que commencent les odes de Pindare et que s'allume, l'enthousiasme du poète. Les Grecs comptaient le temps par olympiades, c'est à-dire par l'espace, de quatre années , qui s'écoulait entre le retour périodique des fêtes d'Olympie. L'art de courir était même tellement honoré, que les an-

Course antique à pied. — D'après un vase du musée de Berlin/ (Gerhard. Ant. Bildw. Cent. I. 6.)

ciens historiens, Thucydide, Denys d'Halicarnasse, Diodore de Sicile et Pausanias, qui datent les événements par olympiades, nemanquent presque jamais d'y joindre le nom de l'athlète qui, dans ces solennités, avait remporté le prix de la course. Les combattants vainqueurs dans les autres exercices ne sont jamais gratifiés d'une pareille faveur, que la coursedevait à son utilité et à l'ancienneté de son origine.

H existait plusieurs variétés de la course à pied, la seule dont nous ayons à nous occuper ici ; — la longueur de la carrière faisait toute la différence entre elles. IFy avait d° la course du stade, ou course simple, qui consistait à parcourir une seule fois l'étendue de la carrière ou stade, laquelle était de 6 à 700 pieds (185 mètres) à Olympie; ^2« le diaule, ou course double, c'est-à-dire que les athlètes, après avoir atteint le but, devaient revenir au point de départ ; 3** le dolique, au sujet duquel les avis sont très-partages, qui était de 7 stades suivant les uns^ et selon les autres de 12 diaules, ou ce qui revient au même, de 24 stades. Qui faut-il croire? La discussion de ce point obscur a produit une foule de longs et savants mémoires. Ah! messieurs les érudits, ce n'était pas votre plume qu'il fallait laisser courir en cette occasion, mais vos jambes! Que ne sortiez-vous de vos cabinets et de vos in-folios ? que ne descendiez-vous sur le terrain ? Que ne suiviez-vous l'exemple de ce philosophe qui, pour démontrer le mouvement, ,se contentait tout simplement de marcher, ou celui de lord Byron, qui se jetait à l'eau, pour prouver que Léandre avait pu traverser l'Hellespont à la nage ? Un gymnaste allemand, Gutsmuths, procéda de la même manière : il fît courir ses élèves, et resta convaincu que le dolique pouvait bien être de 24 stades, car son parcours n'excédait pas du tout les forces humaines.

ir est vrai qu'à ce métier trop souvent répété l'on risquait de perdre la vie. Tel fut le sort de Ladas (deLacédémone), qui tomba mort en arrivant au but, après avoir couru le dolique. C'était un des plus famaux athlètes pour la course : on a pu dire de lui, quand l'expression était dans toute sa fraîcheur, c que ses pieds ne laissaient aucune empreinte stir le sable, » L'Anthologie grecque contient deux épigrammes qui le concernent. « Ladas a-t-il bondi? Ladas a-t-il volé à travers le stade? Personne ne peut le dire. »

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