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lit
L'autre est relative à la statue de cet athlète, œuvre du fameux sculpteur Myron, dont nous avons déjà parlé :
« Tel que tu étais, lorsque penché en avant, tu effleurais le sol de tes pieds, tel, ô Ladas vivant encore, Myron t*a coulé en hronze, en imprimant sur tout ton corps l'attenté de la couronne olympique. Le cœur palpite d'espérance , sur les lèvres on voit le souffle intérieur de la poitrine haletante. Peut-être le bronze va s'élancer vers la couronne, la base même ne le retiendra pas^.. »
La Grèce comptait d'excellents coureurs ; les plus estimés étaient originaires de l'île de Crète, de la Messénie et de la Laconie ; Crotone en fournissait également qui n'étaient pas sans mérite. S'il fallait énumérer tous ceux qui se distinguèrent en ce genre, un volume ne suffirait pas. Mais, parmi les célébrités hors ligne, on peut citer Hermogène, deXanthe (en tycie), qui remporta huit victoires, en trois olympiades, et fut baptisé du surnom flatteur de Cheval ; — Lasthéne le Thébain, qui battit un de ces quadrupèdes dans le trajet de Ghoronée à Thèbes, — et Polymnestor, jeune chevrier de Milet, qui attrapait un lièvre à la course et qui, pour ce fait, fut envoyé par son maître aux jeux Olympiques.
Alexandre le Grand avait un coureur, Philonide, qui parcourait en neuf heures l'espace de Sicyoné à ËHs (mesurant 1,200 stades).
« La barrière et la borne sont les seuls endroits du stade
OÙ se laisse voir le jeune athlète, dit un poète de V Anthologie à propos d'un certain Arias de Tarse (en Cilicie); — jamais. on ne l'aperçut au milieu de la carrière. » On ne peut exprimer d'une manière plus délicate et plus frappante l'agilité d'un athlète. Et comment oublier ce soldat, exténué de fatigue, qui courut pour annoncer la victoire de Ma-
* Anthologie grecque, Paris, Hachette. 2 vol. in-i2. — T. II, p. 143.
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rents se présentaient armés, non de pied en cap, mais au moins avec le casque et le bouclier. On les appelait les
boplitodromes. U eïistait encore des courses au flambeau, qui s'eïécutaient à pied et même à cheval et consistaient.
soit fi porter son flambeau tout en courant et à parvenir au but sans l'éteindre, Koit à le transmettre intact à un autre
coureur, qui devait le porter dans le même état à un troisième, et ainsi de suite.
Xénoplion fait rémarquer que les athlètes adonnés à cet exercice avaient ordinairement de grosses jambes, et des épaules minces, ce qui était le contraire chez les lutteurs.
Les coureurs de l'antiquité qui se destinaient aux jeux Olympiques avaient grand intérêt à ce que rien ne gênât larapidité de leurs mouvements, et dans ce but, ils prenaient un soin particulier de leur rate, dont l'altération pouvait exercer sur leur agilité une influence funeste. £n effet, le gonflement et l'endurcissement de cette partie contribuent beaucoup à appesantir le corps tout entier; si ce viscère est altéré, le sang, n'étant plus subtilisé par lui, — comme c'est sa fonction, — le sang, dis-je, s'épaissit, ne coule plus aussi facilement et ne peut fournir aux muscles la substance nécessaire pour entretenir la souplesse ; de plus, le diaphragme étant comprimé, la respiration devient fréquente et pénible, et cet état nuit beaucoup à la vitesse des coureurs.
Au reste, cette opinion au sujet de l'influence de la rate sur l'économie entière n'était pas particulière aux coureurs de profession, c'était le sentiment général, et quand quelqu'un, en ce temps-là, se trouvait moins agile qu'à l'ordinaire, il s'en prenait aussitôt à la mauvaise constitution de sa rate. Plante, dans une de ses pièces, met en scène un valet paresseux qui accuse sa rate pour excuser l'inertie de ses jambes : « Âh ! voici un coureur à qui les jambes manquent ! s'écrie le valet. Ciel ! je suis perdu ! Ma rate s'agite et me gagne la poitrine. Je ne puis plus respirer. Je ferais un très-mauvais joueur de flûte. »
Aussi, les athlètes qui voulaient disputer le prix de la course veillaient à entretenir leur rate dans le meilleur état possible. D'autres, afin d'être délivrés une fois pour toutes d'un tel souci, cherchaient à se débarrasser d'un
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viscère qui leur était trop à charge. Ils appelaient à leur aide la médecine et la chirurgie. Au nombre des médicaments employés dans ce but, il y avait certaines herbes auxquelles on attribuait, bien à tort, la vertu de dissoudre et de résorber la rate. Le seul résultat (|u*on en obtenait était de diminuer son volume en dissipant les obstructions qui s'y étaient formées. Pline parle dune plante, equisetuiHy dont les coureurs buvaient une décoction pendant trois jours consécutifs, après s'être abstenus vingtquatre heures auparavant de tout aliment. Il y avait bien d'autres remèdes pour fondre les tumeurs de la rate, — on peut lire à ce sujet Cœlius Âurelianus et Marcellus l'Empirique, — et les coureurs ne manquaient pas sans doute de les mettre en pratique.
La chirurgie leur offrait d'autres moyens plus efficaces mais plus violents ; — l'extirpation par le fer ou par le feu.' Pour ce qui est de Topération au moyen d'instruments trianchants, les médecins anciens ne disent pas si jamais elle a été pratiquée avec succès. Il parait pourtant que l'amputation peut se faire, sans amener la mort du sujet ; c'est ainsi que le célèbre empirique Léonard Fioravanti, — l'inventeur du baume qui porte son nom, — guéritenl5i9, à Palerme> une jeune Grecque souffrant d'une tumeur à la rate; il la guérit, paraît-il, en extirpant le viscère même, qui pesait plusieurs livres.
Le savant Thomas Bartholin, en racontant cette cure remarquable, fait observer que les Turcs avaient depuis longtemps un procédé pour extirper la rate à leurs coureurs; mais qu'ils en faisaient un mystère, que les curieux . cherchaient à pénétrer encore vainement au dix-septième siècle.
Le feu était d'un usage plus sûr. Du temps d'flippocrate, on appliquait sur la région de la rate huit ou dix champignons desséchés auxquels on mettait le feu et qui for-
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maient autant de plaies. On cautérisait aussi la même région ^n plusieurs endroits à la fois, à Taide d'un cautère à trois dents rougi au feu, qui perçait la peau de part en part. Néanmoins, tout cela ne prouve pas que les anciens aient cautérisé la substance même de la rate. Leurs écrits ne fournissentv aucun renseignement à ce sujet. Mais on a une preuve de la probabilité de cette opération dans un fait raconté par un médecin allemand, Godefroy Mœbius, qui vivait au dix-septième siècle. Il avait vu dans la ville d'Halberstadt, un coureur du comte de Tilly, qui ne devait son agilité surprenante qu*à l'opération que le médecin du comte avait pratiquée sur lui, dans la région de la rate. On l'avait d'abord, ainsi qu'il raconta lui-même au docteur Mœbius, endormi par un narcotique, puis on lui avait fait unç incision dans le flanc et brûlé la rate avec un fer légèrement rougi-. Mœbius put voir la cicatrice qui labourait encore le flanc dù-coureur ; — on avait, disait le patient, pratiqué dans le même temps la cautérisation sur cinq autres individus, et un seul était mort des suites de l'opération.
On croit que les individus qui, chez les Turcs, s'adonnaient à la profession de coureurs, se servaient plutôt de la méthode du feu que de celle du fer. Autrefois le Grand Turc entretenait toujours quatre-vingts ou cent coureurs, nommés peichs (laqtiais), généralement originaires de la Perse. Ces Persans étaient pour lui ce que les Basques étaient en France pour les grands seigneurs avant la Révolution, des messagers très-dispos et très-agiles. Ils précédaient leur maître quand celui-ci sortait ; mais ils ne se contentaient pas de marcher ou plutôt de courir devant lui à la manière des laquais ordinaires, de ces Basques dont nous parlons; ils allaient, sautant et cabriolant, avec une agilité surprenante, sans avoir besoin de reprendre haleine. Pour amuser Sa Hautesse encore davantage, sitôt
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que le corl^ge arrivait en rase campagne, ils se retournaient du côté du Grand Sei^eur, et couraient ainsi à reculons, dodelinant de la tète, avec mille sauts et gambades, ou, comme disent les historiens du seizième siècle, mille « cabrioles découpées et fleuries. « Tout le long du chemin, ils criaient : a Allah Deicherm! Dieu maintienne le Seigneur en puissance et en prospérité ! s '
Les anciens peichs galopaient toujours nu-pieds. Celte
Peich, on coureur du Groud Turc (XV' siècle), d'après Bl. de Vigenére.
partie de leur corps était tellement endurcie et calleuse qu'ils se faisaient ferrer comme les chevaux, au moyen de petits fers très-légers ; pour rendre la ressemblance encore plus sensible, ils portaient toujours dans la bouche de petites balles d'argent, creuses et percées de trous, qu'ils mordillaient, ainsi que les chevaux mâchent leur mors ; en outre, leurs ceintures et leurs jarretières étaient garnies de clochettes et de grelots qui tintaient fort agréa-
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blement partout où ils passaient. Tel était Téquipage des anciens coureurs du Grand Turc.
' Vers la fin du seizième siècle et au dix-septième, les peichs ne tournaient plus dans leur bouche des ballottes d'argent, mais, en revanche, ils nétaient plus déchaussés. 'Outre leur solde (15 à 20 aspres par jour), le Grand Seigneur leur donnait par an deux habillements complets. Le costume consistait en une casaque à l'albanaise, d'un damas de plusieurs couleurs ou de satin rayé; en une large ' ceinture ou cochiach de soie, enrichie d'or, où pendait un poignard dont le manche était fait d'ivoire et la gaine de l*écaille de quelque poisson rare ; enfin, en des chausses tout d'une venue comme les Turcs en portaient alors généralement, fort longues, plissant un peu vers le bas et qui figuraient assez bien des bottes à Tallemande. Leur tète était coiffée d'un bonnet très-élevé, appelé scuff, en argent ^ battu; un tuyau de même métal, doré et quelquefois' constellé de pierreries, laissait jaillir une énorme aigrette ou panache formé d*une réunion de plumes d'autruche. D'une main ils tenaient leur anagiach^ ou hachette damasquinée, ayant un large tranchant d'un côté et de l'autre un marteau ; dans l'autre main, leur mouchoir plein de dragées et de confitures, dont ils s'humectaient la bouche en coit-i rant, afin d'y entretenir la fraîcheur. Dans cet accoutrement, ils accompagnaient partout le Grand Seigneur, ou bien ils portaient ses messages aussi loin qu'il lui plaisait de les envoyer ; dès qu'ils avaient reçu ses ordres, ils partaient, sautant et gambadant au milieu de la foule cpnune des daims ou des chevreuils, criant à tue-tête : Sauli, saulil c'est-à-dire : Gare, gare! et ils galopaient nuit et jour avec une vitesse sans pareille, ne prenant aucun repos qu'ils ne se fussent acquittés de la commission dont ils étaient chargés.
S'ils avaient plus de fatigues à supporter que leurs ca-
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marades les vlachrars ou courriers à cheval, du moins ils ne recueillaient pas, comme ces derniers, les malédictions du peuple sur leur route. En effet, les vlachrars avaient le droit exorbitant de pouvoir prendre le cheval du premier venu, soit chrétien, juif'ou même Turc, dès que leur monture était fatiguée. Il fallait, bon gré mal gré, que le passant mit pied à terre, et il lui était interdit d'emmener en échange le cheval que le courrier venait de quitter ; ranimai était abandonné dans les champs et devenait ce qu'il pouvait. Le cavalier démonté n avait d'autre ressource que de suivre à pied son spoliateur et de s'arranger avec lui moyennant finance. Souvent les courriers n'atten- « daient même pas que leur cheval tombât de lassitude, ils le changeaient à leur fantaisie quand ils en rencontraient un qui leur plaisait davantage, et ils s'enfuyaient au galop, poursuivis par les cris de fureur du propriétaire dépossédé. Grâce à cette facilité de renouveler constamment leur monture fourbue et de courir la poste sur. des chevaux frais, les messagers du Grand Seigneur auraient dû parcourir d'énormes distances ; mais ils en prenaient à leur aise, ne voyageant que le jour et se reposant la nuit. Aussi, ne faisaient-ils pas autant de trajet que les courriers des autres nations, que l'abbé Nicquet, par exemple, le plus fort des courriers de son temps (seizième siècle) qui allait de Paris à Rome en six jours et quatre heures, quoique la distance fût de 350 lieues.
Les peichs, qui n'avaient d'autre monture que leurs jambes, étaient plus expéditifs et plus scrupuleux que les coureurs à cheval. Ils s'en allaient de leur pied léger de Constantinople à Andrinopole, aller et retour, en deux jours et deux nuits ; la distance était de 80 lieues, soit 40 lieues eu vingt-quatre heures. Un de ces messagers fit un jour le pari de parcourir la distance d'une de ces villes à l'autre, entre deux soleils, pendant les plus fortes cha-
leurs du mois d'août, et il Taccomplit en effet, selon ce que rapporte Théodore Canfacuzène.
En racontant le fait, dans ses Commentaires sur Thistorien byzantin Chalcondyle, — un assez mauvais traducteur, mais un curieux érudit du seizième siècle, Biaise de Vigenère, ajoute quelques détails qu'on ne s'attend pas à trouver en cet endroit, et qui sont d'autant plus précieux à recueillir pour le sujet qui nous occupe :
« Cela n'est pas du tout incroyable, dit-il ; car je sais au vrai qu'il n'y a point vingt-trois ans, un grand laquais du feu vicomte de Polignac, âgé de plus de soixante ans, vint du Puy, en Auvergne, à Paris, où il y a près de 100 lieues, de Tun à l'autre, et retourna en l'espace de sept jours et demi, si qu'on l'estimoit faire les grandes traites par quelque voie extraordinaire. Je le rencontrai, allant lors en poste à Rome, secrétaire pour le roi Charles IX en Italie, — près la Charité, environ la fin de juillet, l'an 1566, et me mis tout exprès à le suivre, rebroussant chemin vers^ Paris, où il alloit, une gaule blanche à la main, par plus d'une bonne lieue pourvoir à l'œil ce que c'en étoit ; mais je le vis arpenter avec ses grandes jambes (car il étoit fort bien fendu) de telle sorte devant moi, qu'il s'en forlongea (c'est-à-dire gagna de l'avance) aisément, quoique je pressasse au grand galop mon cheval, qui n'étoit des pires. — Au moyen de quoi, je jugeai qu'il n'y avoit autre secret ni enchantement dans son fait qu'une disposition naturelleen ce grand corps avantageux, accompagnée d'une haleine longue, joint sa sobriété, et aussi qu'il ne s'arrêtoit aucunement en nulle part, et ne reposoit que quatre heures en toute la nuit, et le jour il gagnoit pais*. »
* Histoire de la décadence de Vempire grec, et établissement de celui des Turcs, par Chalcondyle, Athénien. De la traduction de Bl. de Vigenère, illustrée par lui de curieuses recherches... — Paris, 1612,in-folio.