‹ Merveilles de la force et de l'adresse: Agilité--souplesse--dextérité. LesChapitre 33 sur 61 · LA COURSE DANS L'EAU · texte numérisé non relu

LA COURSE DANS L'EAU

géant de temps en temps sa lête dans Teau, pour éviter une grêle de traits.

Les Romains étaient dès leur jeunesse habitués à celle manœuvre. Au sortir des exercices du champ de Mars, ils couraient se plonger dans les eaux du Tibre et s'y délassaient de leurs fatigues. Mais cet usage finit, comme tant d'autres, par tomber en désuétude; et Végèce, qui vivait du temps de l'empereur Valenlinien le Jeune, se plaint amèrement de la décadence d'un art dont il vante futilité, tant pour les cavaliers que pour les fantassins.

Les femmes romaines ne le cédaient point aux hommes en force et en courage. Cet exercice faisait partie de leur éducation, comme il entrait dans le système d'éducation des jeunes Lacédémoniennes. Ce fut grâce à l'habileté qu'elle avait acquise dans l'art de nager, que Clélie, fuyant le camp de Porsenna, put rentrer à Rome à travers le Tibre, et plus tard, Agrippine s'échapper du fatal esquif ■sur lequel Néron l'avait embarquée.

Dans l'ancienne Grèce, les femmes de Macédoine n'étaient pas moins courageuses, et jamais elles ne se baignèrent qu'à l'eau froide. Philippe, roi de Macédoine, trouvant un jour un de ses olficiers qui prenait un bain chaud, le révoqua sur-le-champ, au dire de Polien, et, pour le faire rougir de sa mollesse, lui cita la conduite des femmes indigènes, qui se servaient toujours d'eau froide, même pendant leurs couches.

Il n'est pas étonnant que des nageuses si habiles aient* exécuté les divertissements aquatiques dont parle Martial, dans une de ses épigrammes. On voyait, dit-il, des jeunes filles et même des jeunes gens déguisés en nymphes, i t montés sur un char pareil à celui des néréides, dessiner à la surface de l'eau les figures les plus variées. « Les nageurs représentaient d'abord un trident, ensuite en s'en- • (relaçant diversement, ils figuraient une ancre, puis une

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rame, puis un vaisseau ; — cette d formait tout à coup en une autre qui représentait l'étoile de Castor et de PoUux, à laquelle succédait l'image d'une voile enflée par les vents ; c'est-à-dire que ces acteurs faisaient sur l'eau la même chose que les pantomimes, qui, par le moyen de danses figurées, avaient l'art de représenter sur les théâtres tous les objets qu'ils voulaient, 11 fallait sans doute que ces personnages fussent (rès-esercés dans l'art de nager, parce qu'il n'est pas possible d'imaginer qu'ils eussent pu, sans posséder ce talent à un suprême degré, jouer leur rôle avec toute la facilité et la prestesse nécessaires à l'illusion d'un pareil spectacle. — Ces jeux et ces fêtes sur l'eair, qui ne pouvaient manquer d'être utiles en eniretenant les citoyens dans l'exercice du nageur, dégénérèrent par la suite en abus... y>

Parmi les nations barbares qui envahirent l'empire ro-' main, on en comptait plusieurs, qui excellaient dans l'art de nager, particulièrement les Germains, dont l'esistence se passait pour ainsi dire dans l'eau. Dès leur première enfance, on les plongeait dans un tleuve, et cette ablution fortifiante èlait renouvelée tous les jours. C'est ainsi que les mères endurcissaient leurs enfants et que les enfants apprenaient à supporter le froid et les intempéries de l'air. Thétis avait plongé de même son fils Achille dans les du Styx pour le rendre invulnérable ; — mais cette toire n'est sans doute qu'une allégorie imaginée pa anciens poètes et qui rappelle l'usage où l'on était ai fois de laver les enfants dès leur naissance dans les et les rivières les plus froides.

Les Gallo-Itomains avaient pratiqué cet exercice passion; mais sur ce terrain, il furent encore vai par les Francs. La réputation de nos ancitres est att par un vers bien connu de Sidoine Apollinaire : ii

LA €OURSE DiVSS L'EAU.

Hérules triomphent à la course ; les Huns c de lancer le javelot ; et les Francs h la nag'

Nous allions oublier les Juifs au nombi nageurs. Leur compatriote et historien F n'était pas le moins habile d'entre eux. Dan; de Jérusalem » Rome, le navire sur lequel i qui contenait six cents passagers, ayant l'ait le golfe Adriatique, Josèphe nagea pendant (I Dieu soit loué! dit-il dans son auto biograp du jour, nous rencontrâmes un navire qi son bord, avec quatre-vingts de mes cou avaient eu comme moi la force de joindre (

A cdtè de cet exemple remarquable on pe des habitants de Messine, qui, dans la guei ginois contre Denys, tyran de Syracuse, se mer pour ne pas tomber entre les mains du con ; plusieurs gagnèrent la ci^le d'Italie à 1

LES HAGEUnS DE L'AHERIQCE ET DE L' s'introduire dans celle cuntrée nouvelle, ces. C'est alors qu'un aventurier hardi. Fer se rendit auprès de l'empereur Charles-Quii et s'offrit à conquérir la Floride pour le co ronne d'Espagne. Ce qui fut agréé. Né à Barca-Rotta, de parents nobles, ce gentil ambitieux, « très-bon homme de cheval, ■ les historiens, avait été, l'an 1555, un des rants du Pérou, et il était revenu de là grandes richesses, sans compter les prése qn'il avait reçus de l'tnca .^tahualpa ou Al fidement traité par les Espagnols.

Tout autre, satisfait de son sort, eût vécu en Espagne, avec les trésors qu'il avait dt heureux Indiens; mais Ferdinand de Sol du démon des aventures, et tourmenté n'avait pas encore conquis le plus petit * tout seul, tandis que Fernand fîortez s'é Mfixique et que Pîzarre et Almagro s'étaii très du Pérou. Pourquoi n'irait-il pas rave un pays quelconque de l'Amérique? pour neiait-il pas, lui aussi, le titre de Conquis de bourreau des Indiens? n'avait-il pas < aussi peu de scrupules que les autres ai dans ces idées qu'il jeta son dévolu sur I "Charles-Quint lui accorda la propriété, qi ni â l'un ni à l'autre.

Le capitaine espagnol aborda donc en F née 1539, et y commit les mêmes excès ' ie continent américain, avaient signalé Espagnols. Les Indiens se pendaient de ne pas tomber entre les mains des ctrai esclaves. On raconte qu'un jour, un inti se rendit, une corde à la main, à Yt

LES NAGEURS DE L'AMERIQUE ET DE L"OC deux marais, ou pluldt à un marais et à u Indiens se défendirent, mais ils ue purent s temps le choc d'hommes à cheval; les un dans les ortibres louiîiies du bois, les autres ( bourbeuses du marais, sûrs qu'on ne les poi dans ces retraites dangereuses; — neuf c pourchassés plus vivement que leurs compa) renl dans l'étang, dont la largeur élaît de tri lieue et la longueur s'étendait à perte de vue tinrent eu nageant. Les Espagnols se cam]:

rive, et harcelèrent ces malheureux, qui ne To rendre, en leur lançant des flèches, ou bien i des coups de mousquet. De leur cAté, les Flo sèrent contre l'ennemi leurs provisions de était leur acharnement, qu'on les voyait m quatre de front serrés l'un contre l'aulre, e leur dos un de leurs camarades qui tirait jui ne lui restât plus un seul projectile.

Les intrépides nageurs continuèrent à i jusqu'à la tombée de la nuit, sans vouloir éc proposition d accommodement. Les Espagne un cordon de soldats tout autour de la lagi pas un FJoridien ne pût s'échapper, â la fav ' bres. Dès que l'un d'eux faisait mine de s'i bord, on lui promettait de te bien trailer, s lait ; en même temps on tirait dessus poui l'eau, lasser ainsi sa patience et ses forces, e dre à se rendre. Mais les victimes étaient opiniâtres que leurs bourreaux. Ils préférai disaient-ils, à la domination espagnole.

Cependant, quelques-uns, épuisés de faii^ lentement à la file, et au point du jour une environ étaient hors de l'eau. D'autres, voya camarades étaient bien traités parl'ennemi, :

l'en rechignant, car à peine arjetaient dans l'étang pour ne le :trémitè. Il y en eut ainsi quelvingt-quatre heures dansl'eait.

Lait un peu avancé déjà, lorsque )les Indiens firent leur soumisnorts, dit Garcilasso del Véga, aient avalée et tombant de faim ,

» Ceux qui restaient, à bout <ln exception de sept, plus intraitameurèrentdansl'eau, nai^uant ît criant qu'on pourrait liii*" le* Ht, mais non à se rei

depuis trente heures ' ir pris aucune nourriti rveillé de la ténacité d( lol fit entrer dans l'es avec ordre d'amenei commandement fut es 'eau ces malheureux FI r les bras, qui par les it pilié, raconte le mér }le, plus morts que yîU iginer d'hommes qui i es consécutives, dans 1 rjchés de compassion i rlèrent dans là ville, < us aidés par la bonté ;rtu des remèdes. »

!lie, dans l'histoire des re. L'antiquité romaine les écoles, n'offre rien la nage et en combatta

I.ËS ?(AUEUIiS DE L'AMÉRIQUE ET UË L'OCÉAfllE. S15 conservé le nom de ceux qui s'associùrenl à l'entreprise Iblte de Ferdinand de Solo ; mais qui nous dira celui de ces obscurs patriotes floridiens? Les Espagnols n'étaient alli rés en Floride que par l'espoir du pillage ; — leur unique préoccupation élait la découverte de mines d'or et d'argent. Un lait, cité par Carcilasso del Vega, prouve bien quelle élait leur avidité. Aussitôt après le débarquement, une garnison avait été laissée sur le bord de la mer, tandis que le gros de la troupe était parti à l'aventure, en poussant vers le nord. Quand on eut trouvé un endroit favorable pour s'y fixer définitivement, le général dépêcha vers ceux qui étaient restés en arriére pour leur annoncer cote bonne nouvelle et leur faire rejoindre l'armée. Quelle fut, croyez-vous, la première pensée des gens delà garnison en revoyant leurs camarades? De s'informer du général sous ta bannière duquel ils s'étaient rangés? lie s'enquérir de l'état de l'armée? Nullement. Ils demandèrent seulement s'il y avait beaucoup d'or dans la province d'où leurs frères d'armes arrivaient. « Tant, dit l'historien, que cette conduile scandalise, le désir de ce métal a de puissance sur l'esprit des hommes et leur lait aisément oublier leur devoir! » Les pauvres Floridiens, au conlruiro, combattaienl pour défendre leurs foyers !

Quand les sept nageurs eurent repris burs sens, on les amena devant Ferdinand de Soto, qui, les interrogeant, leur demanda pour quelle raisonils ne s'étaient pas rendus comme leurs camarades, sachant bien que la mort étailau bout de leurs eiïorls désespérés. » Vitachuco avait mis en nous sa confiance, répondirent-ils modestement ; nous devions montrer que nous n'étions pas indignes de ses bonnes grâces. « Parmi ces prisonniers se trouvaient trois jeunes seigneurs de dix-huit à dix-neuf ans. On leur delanda ce qui les avait engagés â séjourner si longtemps !ans l'eau, d'autant plus qu'ils n'occupaient aucun poste

FORCE ET ADRESSE, dansi armée u^olreniissincenoiisdestinaiitâuxpremiers emplois nous sommes tenus à donner l'exemple ;o telle fut leur réponse au geiieial. En entendant ces reparties SI nobles et si simples plus toucliantes encore dans ces jeimts bouches les E pagnols ne purent s'empêcher de vcrsei des lai mes. Le gtneral — est-il besoin de le dire ? — leur accorda la vie et la liberté, et les rfinvoya mén leur famille avec divers présents.

Gloire doue aux intrépides enfants de la Floride ! sept nageurs de l'étang de Vitacliuco méritent d'être ho rês presque à l'égal des sept Machabées.

Ferdinand de Soto ne put achever la conquête du pa atteint d'une ftévrc maligne, il mourut à l'âge de quarai deux ans, a prés avoir dépensé plus de 100,000 ducats d sa malencontreuse entreprise.

« C'était un homme vigilant, adroit, aimant la gloi dit Garcilasso del Vega, patient dans l'infortune, sèv pour les fautes contre la discipline, mais indulgent p< tout le reste ; généreux et charitable envers le soit brave et hardi autant qu'aucun autre de ces capitaines entrèrent dans le nouveau monde. »

Les habitants du sud de l'Amérique ne se laissai point surpasser par ceux du Nord ; Brésiliens et Péruvîi étaient tellement exercés â la natation, qu'ils seraient, Lescarbot, restés huit jours dans la mer, si la faim ne avait rappelés sur la rive, au bout d'un cerlain laps temps. Ils craignaient moins dépérir de fatigue que d'ê dévorés par les requins. On pourrait en dire autant i peuples de l'Océanie. Les navigateurs qui exploitèrent dix-huitième siècle les archipels de l'hémisphère austi représentent les indigènes de cette partie du moi comme d'excellents nageurs. Les ablutions fréquen auxquelles ils se livraient les familiarisaient de bonne hei avec l'élément liquide. Au temps de Cook, les insulai

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de la mer du Sud avaient pour coutunie d'aller se baigner trois fois par jour le corps entier dans une eau courante, à' quelque distance qu'ils se trouvassent de la mer ou des rivières. Mais c'était surtout dans l'onde salée que les deux sexes aimaient à se plonger, folâtrant dans cet élément redoutable à la manière des tritons et des naïdes. Qui n'a lu le tableau charmant que le capitaine Cook a tracé de son arrivée dans les parages de Taïti, lors, de son second voyage autour du monde? C'était, on se le rappelle, à la pointe du jour ; il faisait une de ces belles matinées dont la vue inspire moins les marins que les poètes : « Un souffle de vent nous apportait de terre un parfum délicieux, dit. le célèbre navigateur, et ridait la surface des eaux. Les montagnes couvertes de forêts élevaient leurs têtes majestueuses, sur lesquelles nous apercevions déjà la lumière du soleil naissant; très-près de nous, on voyait une allée de collines d'une pente plus douce, mais boisées comme les !| premières, agréablement entremêlées de teintes vertes et brunes ; au pied, une plaine parée de fertiles arbres à pain, et par derrière une quantité innombrable de palmiers, qui présidaient à ces bocages ravissants. Tout semblait dormir encore ; l'aurore ne faisait que poindre, et une obscurité paisible enveloppait le paysage. Nous distin- , guions cependant des maisons parmi les arbres et des pirogues sur la côte. A un demi-mille du rivage, les vagues muiçissaient contre un banc de rochers de niveau avec la mer; et rien n'égalait la tranquillité des flots dans l'intérieur de la baie. L'astre du jour commençait à éclairer la plaine ; les insulaires se levaient et animaient cette scène charmante. A la vue de nos vaisseaux, plusieurs se liâtèrent de lancer leurs pirogues et ramèrent près de nous, qui avions tant de plaisir à les contempler... »

Sur cette scène féerique, dans ces eaux alors tranquilles, venaient se jouer de jeunes Taïtiennes, le sein nu,

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de se maintenir sur celte mer agitée, et pourtant on voyait une douzaine dlndiens nager en cet endroit pour leur plaisir. Uïi Européen, fût-ce le plus habile nageur — qu'on aurait amené là, puis, descendu dans la mer, aurait infailliblement péri, soit englouti par les flots, soit brisé contre lo rivage; mais quant aux Taïtiens, ils semblaient parfaitement à leur aise dans cet élément déchaîné; lorsque les vagues s abattaient près d'eux, ils plongeaient dessous et reparaissaient sur Tautre vert-ant avec une aisance et une agilité incroyables. « Ce qui rendit ce spectacle encore plus frappant, ajoute le même narrateur, ce fut que les nageurs trouvèrent, au milieu de la mer, Farrière d'une vieille pirogue; ils la saisirent et la poussèrent devant eux en nageant jusqu'à une assez • grande distance; alors deux ou trois de ces Indiens se mettaient dessus, et tournant le bout carré contre la vague, ils étaient chassés vers la côte avec une rapidité fabuleuse et quelquefois même jusqu'à la grève ; mais ordinairement la vague brisait sur eux, avant qu'ils fussent à moitié chemin et alors ils plongeaient et se relevaient d'un. autre côté, en tenant toujours le débris de la pirogue ; ils se remettaient à nager au large et revenaient ensuite par la même manœuvre, à peu près comme nos enfants, les jours de fête, grimpent la colline de Greenwicb, pour avoir le plaisir de se rouler en bas. Nous restâmes plus d'une demi-heure à contempler celte scène étonnante. Pendant cet intervalle, aucun des nageurs n'entreprit d'aller à terre ; ils semblaient prendre à ce jeu le plaisir le plus vif... »

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