GUILLAUME TELL ET LA LÉGENDE DE LA POMME
Tell. — Seigneur, tous les deux sont également mes enfants chéris.
Gessler. — Eh bien, Tell, puisque lu perces une pomme svir l'arbre à cent pas, il faut que tu me donnes une preuve de ton adresse... Prends ton arbalète, aussi bien tu l'as dans la main, et prépare-toi à tirer une pomme sur la lêle de ton fils. Mais je te le conseille, vise bien ; car si tu n'atteins pas la pomme du premier coup, tu périras. (Tous les assistants donnent des signes d'effroi.) »
Guillaume Tell plus encore que tous les autres, comme bien on pense, ce qu'ayant remarqué, Gessler dit :
« Ah! Tell, te voilà tout à coup bien prudent. On m'avait dit que lu étais un rêveur, que tu t'éloignais de la manière d'agir des autres hommes, que tu aimais l'extraordinaire... Voilà pourquoi j'ai imaginé pour toi ce coup hardi. » Et se tournant vers les assistants :
« — Qu'il se place à la distance d'usage... Je lui donne quatre-vingts pas, ni plus ni moins. 11 s'est vanté de toucher son homme à cent pas... » — « Tell, dit-il en s'adressant à lui de nouveau, tu vantes la sûreté de ton coup d'œil ; tireur, il s'agit de manifester ton habileté. Le but est digne de toi, le prix est grand. D'autres peuvent également toucher le point noir de la cible ; mais le vrai maître, à mes yeux, c'est celui qui toujours est sûr de son art, et dont le cœur n'a d'action ni sur l'œil, ni sur la main. »
Gessler donne ici un précepte de tir qu'il est l^on de noter en passant. Cependant, Tell a lancé sa flèche. Le trait frappe le but, et l'enfant se précipite dansles bras de son père. « Pèrç, voici la pomme, je savais bien que tu ne blesserais pas ton enfant, n Et la foule de s'écrier : « Voilà un coup liardi, on en parlera jusque dans les siècles les plus reculés ! On racontera l'histoire de l'archer Tell auss longtemps que les montagnes reposeront sur leur base ! »
Nous ne dirons pas, nous : a Tant que les montagnes subsisteront ; » car Targuraent, appliqué à la Suisse, n'est peutêtre pas aussi solide qu'il en a Fair. N'a-t-on pas vu, plus d'une fois, des quartiers énormes de montagnes se détacher et rouler dans les vallons qu'ils comblaient, après avoir entraîné tout sur leur passage ? Mais, tant que les mots ^e pairie, d'indépendance et de liberté ne seront pas des expressions vides de sens, tant qu'ils éveilleront dans l'âme humaine des sentiments généreux, on se souviendra, je ne dis pas de Guillaume Tell seulement, mais de tous ceux qui, plus que lui peut-être, contribuèrent à la révolution de 1507 et à la fondation de l'indépendance suisse.
On va nous demander ce que signifient ces mots : plus que lui. Guillaume tell n'est-il donc pas le principal libérateur de l'Helvétie? C'est pourtant lui que les Suisses reconnaissent et honorent comme leur principal héros. C'est pour glorifier ses actions et en perpétuer le souvenir que des fêtes ont été instituées, des médailles frappées, des monuments consacrés. Tout le monde a parcouru la Suisse; qui n'a été témoin de la vénération du peuple pour la mémoire de Guillaume Tell ? qui n'a vu la fameuse chapelle portant son nom, ainsi que la plate-forme sur laquelle il s'élança de la barque et qui s'appelle encore au- \ jourd'hui le Saut de Tell ? Voici la fontaine où le père se plaça pour décocher sa flèche, et cette tour que vous voyez, était voisine, ou même a été construite sur remplacement du tilleul où l'enfant fut attaché par ordre de Gessler. Mais- ces monuments (je ne parle pas de la chapelle), sont-ils bien authentiques? Et ici se présente une question plus importante : l'histoire du héros lui-même est-elle véridique dans toutes ses parties ; certains détails ne sont-ils pas plutôt du domaine de la légende?
Il est des auteurs qui ont révoqué en doute ses aventures ; il en est même qui ont nié son existence, et celle du
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bailli Gessler. Ce qu'il y a de certain, c'est que les chroniqueurs suisses contemporains ne parlent point de ces faits, et ne citent même pas le nom de Guillaume Tell. On. a les chroniques de deux historiens du temps, Conrad Justinger de Berne et Jean de Winterlhur ; ils ne disent pas un mot de Guillaume Tell. Est-ce ignorance de ce qui s'est passé ? Est-ce oubli ? Mais des historiens aussi consciencieux que ces deux chroniqueurs ne tombent pas dans cette double faute ; ne serait-ce pas plutôt que certains faits attribués à Guillaume Tell n'avaient pas alors toute la notoriété qu'ils ont acquise depuis, grâce à l'imagination populaire ?
Même silence, à l'égard de Guillaume Tell, dans les chroniques étrangères contemporaines. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'on voit, pour la première fois, apparaître son nom et poindre 1 histoire de sa vie, qui peu à peu se forme et se développe avec tout un cortège de détails intéressants et pathétiques. Comment Justinger et Jean de Winterthur, ces deux contemporains de Tell, sont-ils muets en ce qui le concerne, — et comment des historiens qui écrivaient plus d'un siècle après l'événement, Melchior Russ, Petermann Ëtterlin, Stumpf, Egidius Tschudi, sontils si prodigues de détails que les premiers ignoraient totalement ?
Notez, de plus, que ces historiens ainsi que ceux qui sont venus après, et les ont copiés, ne s'accordent pas sur le nom du bailH; tantôt c'est Grissler, tantôt Gryssler, le plus souvent, il est vrai, Gessler. Ce qui paraît à peu près démontré aujourd'hui, c'est qu'il n'a jamais existé dans le pays de bailli autrichien qui ait porté ce nom. Il résulte de documents contemporains authenthiques qu'en 1502, ce fut un certain Eppe qui fut nommé bailli de Kussnach, et qu'en 1514, la dignité se trouvait dans la même famille. Après l'extinction de cette maison, le titre passa dans les
mains de Waller de Tottikon et, par sa fille Jeanne, au mari de cette dernière, Ileinrich de Hunwile ; et jusqu'en 1402, c'est-à-diro pendant Tespace d'un siècle, il ne fut jamais porté par un Gessler ni par un nom analogue. — Les historiens sont aussi peu d*accord sur la date de l'èvénement ; les uns n*en donnent aucune, ce qui est plus simple ; les autres, plus téméraires, indiquent 1296, — • 1313 ou 1314 : — d'autres enfin 1507, date généralement adoptée aujourd'hui. C'est également celle que Jean de MûUer a suivie dans sa célèbre Histoire de la Suisse, — Cet écrivain, eu qualité de compatriote, a naturellement conservé dans ses moindres détailsThistoire de Guillaume Tell.
Mais déjà Voltaire, peu crédule en fait de traditions, avait dit dans ses Annales de V Empire : « Il faut avouer que l'histoire de la pomme est bien suspecte, et que tout ce qui l'accompagne ne Test pas moins. » C'est ce qu'un Suisse eut la hardiesse de vouloir démontrer au dernier siècle, dans une brochure intitulée : Guillaume Tell, fable danoise y qui parut en 1760. Cet écrit d'un homme a assez téméraire ou assez éclairé, » comme on l'a dit, pour mettre en doute certains faits attribués à Guillaume Tell, souleva des tempêtes. L'auteur s'y attendait ; aussi avait-il eu le bon esprit de garder l'anonyme. « Je doute, disait-il, que les Suisses me sachent gré du parti que je prends. » En effet, Fouvrage de Freudenberger — (c'était le nom de l'auteur ou du moins le nom qui fut publié ; mais on a lieu de croire que c'était encore un pseudonyme), — l'ouvrage, disons-nous, fut supprimé par tous les cantons ; celui d'Uri particulièrement le fit brûler par la main du bourreau.
Nous n'entrerons pas, bien entendu, dans l'examen de ce pamphlet. Un seul point nous intéresse et nous devons nous y arrêter : c'est l'histoire de la pomme percée d'une lïôche sur la tète d'un enfant.
GUll.r.iU5IE TErj: ET !A LE(i!i i& défie tout arbalétrier, lanl coup pareil, » dit Freudenbei'ge emporter parla passion. Il oubli départ. Que veut-il prouver ? Que Tell, et surtout I histoire de la empruntée au Danemark. Eli bien, un archer suisse un trait que vos cher, danois, nommé Toke ou To siècle et dont Saxo Grammalicus a En effet, de même que Guillaume non par un bailli, mnis par un Dent bleue, en 965), à tirer sur tait la tête d'un de ses enfants ; avait caciié une ou deux flèches celui qui le conlraignait à un parE que Tell, il frappa mortellemeni occasion favorable se présenta.
Toko paraît être le même pe chef de pirates Scandinaves, Pali Nord racontent les exploits. Tôt petits rois du Nord, Talnatoke a Wollin, une association célèbre c teresse de Jomsborg. Tous ceui ordres se considéraient comme uns des autres ; ils s'engageaiei injures faites à l'un d'entre eux, partager le bulin. Les lois de c ■ étaient d'une extrême rigueur. ^ pic, ne pouvait entrer dans la foi natoke mourut, dil-on, dans lile de celte île en conservent encore <jue son ombre leur apparaît qut Saxo Grammaticus ne parle [ raie, mais seulement de Toko
FORCE El ADRESSE, tire, comme nous 1' rsonnage. Or c'est nme qui a rendu si it nécessaire, pour I ice de cause, de m liistorien scandînav 0, au service du ro s parmi sf s comp t de la supériorité 1 festin, à la suite
son adresse à tirer , qu'il abattait du tile qu'elle fût, pis ■£. Ces paroles, col Iles du roi, qui da h l'épreuve la con seulement, il lui uise de bâton, et d laâ la pomme du p
une parole imprud ; faire plus qu'il ï itait que propos de , abusé pour le pt
l'événement confii
ceur de ses eïinen
qu'il avait en lui , plus il en sortit s son fils par quelqu
dit-il ; tiens-toi di [las du sifflement d : est capable de déj
» Enlln, pour lu rainte, il lui fit dél ! lui causât aucune
GIIU.LAUME TELL ET Li'LÈGESDE DE suite tiré trois llèches de son carquois, i arc, tendit la corde et touclia le but dés avait mis devant sa flèche la lêle de sor sa vie ce crime involontaire, et l'errei été cause d'un double trépas ! Aussi je m ' admirer le plus, le courage du père ou fils ; l'un par son adresse èvila un infant son attitude et sa présence d'esprit, prési et la tendresse d'un père. Le jeune 1 cœur au vieillard ; car it attendit la f autant de courage que son père déploj lançant.
a Harald lui ayant ensuite demandé pot avait tiré plusieurs flèclies de son caj tenter qu'une seule fois la fortune: o Al ger avec celles qui restaient l'erreur de coup avait manqué, et de punir le coupi succombait. » Par ces paroles hardies, i était et ce qu'il y avait d'odieux dans la K A quelque temps de 14, Harald s'èlc les profondeurs de la forêt, tomba sous la de Toko ; emmené blessé, il ne tarda p On le voit, l'analogie esl frappante. !
tude est-elle l'elTet d'un hasard ou bien t pourrait à la rigueur que le m^e fait se deux pays difiérents et à [rfusieurs siècle n'examine pas ici la question de savoir i a pu se prêter à un tel caprice et si jai traversé le cerveau d'un tyran. Hais il se l'avenlure de Guillaume Tell ne soit qu'u sur l'histoire de Painntoke ; le silence de temporains autorise à le croire. Que la lèj
' Hhloria Dania, lib. X.
GUIUAI'HE TELL quelques-uns l'onf avs doutait à une époque I sonnage avait dû exisli trentaine d'années seu de faire constater son Cent quatorze persont fonnu Guillaume Tell, que l'incrédulité ait f pour qu'on ait eu besc gnage. Mais, abondani traire, et c'est une fi comme le dit très-bien mémoire couronné pi tulé : la Légende de G allem.), que nous avoi cet épisode'. Deux ou per, cent quatorze ne L'historien que noi l'existence du personn porta nce historique q
> Outre la dissertation d .. sonnage qui nous occupe,
Guillaume Tell, mythe i in-8. — Les Canloni tuUae par Air. Huber. Innsbnici de la délivrance del Canli allem.) , — Lei Originet de par Alb. Rilliet. Genève et ladei. par l. Etienne. [Rei
y . E Jmond Scberer. rem des ouvrages que nousven prétend que Guillaume Te.
Et il ajoute : t Que de pi sacriit^b'el Hasardet-la dan querez d'Être lapidé. Gti:
pensanis, et vous verrez bislorique et les préjufçés
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Iriers, comme elle avail ei est le dernier roi qui ait fa A la bataille de Marignan | triers à cheval accomplit c dernières batailles rangée çaise une troupe d'arbalétr lors, il ne s'y rencontra ( tireurs de cette arme. Voii historiens comme particul A la journée de la fiicof Impériaux (i&22), uncapi armet pour respirer, Jean seul arbalétrier qui se troi çaises, lui décocha sa fiée lui donna dans le visage, i ques années après, au siég ■ de l'armée (était-ce encore seul hors de combat, en ci plus d'ennemis que ne le I siers de la troupe pendant