‹ Merveilles de la force et de l'adresse Agilitésouplesse, dexte̋rité. Les exercices du corps chez les anciens et chez les modernesChapitre 25 sur 104 · COURSES DE FEMM ES · texte numérisé non relu

COURSES DE FEMM ES

Course de bergères en Wurtemberg. — Atalante.

S’il est un exercice où les femmes puissent rivaliser avec les hommes, c’est celui-ci ; car la course à pied ne demande que de la souplesse et de la légèreté, et ce.s deux qualités sont l’apanage de l’autre sexe. Aussi, dans plusieurs contrées de l’Allemagne, existe-t-il des courses de femmes. Une des plus connues a lieu le jour de la Saint- Bartliélemi, à Marktgrôningen, dans le royaume de Wurtemberg. Marktgrôningen est une petite ville du cercle du Neckar, qui appartenait anciennement aux comtes de Groningen, alliés à la dynastie régnante. 11 s'y tenait autrefois un marché très-fréquenté le jour de la Saint-Barthélemi. Ce n’est plus aujourd’hui qu’une fête champêtre animée par des jeux, dont le plus important est la course des bergères. Les hommes ouvrent la marche; mais loinlutte n’a rien d’intéressant. 11 n’en est pas de même de celle des femmes. Les regards fiers et animés, les pieds nus, n’ayant pour tout vêtement qu’un jupon court avec un corsage de tricot blanc, en un mot, dans le simple attirail qui plaisait à Boileau :

Telle qu’une tx-rgère, au plus beau jour de lètc,

De superbes rubis ne charge point sa tôle..

elles attendent impatiemment que la barrière s’abaisse devant elles; à peine le signal est-il donné qu’elles s’élancent en sautant, serrées de près, on pourrait dire talonnées par le greffier de la ville qui les suit à cheval. Que vient faire ici ce grave fonctionnaire municipal? et pourquoi pousse-t-il ces pauvres filles l’épée dans les reins? Leur ardeur n’a pas besoin d’aiguillon ; aussi n’est-ce pas dans ce but qu’il les éperonne, monté sur son gros cheval mecklembourgcois. 11 vient seulement pour faire la police et mettre le holà, dans cette lutte où l’amour-propre féminin est vivement engagé. Chacune en effet veut avoir le prix, et pour y parvenir, tous les moyens sont bons. L’une pousse sa compagne pour la faire choir et quelquefois route à terre avec elle; une autre frappe sa voisine dans les côtes, un peu comme Damoxéne frappa Kreugas, c’est-à-dire avec l’extrémité des doigts avancés en pointe, et lui coupe pour quelques instants la respiration. Ces supercheries étaient sévèrement interdites dans la course des anciens, — quiconque avait essayé d’arrêter ses rivaux ou de les faire tomber en les heurtant était exclu du concours et noté d’infamie. Les bergères de Marktgrôningen ne sont pas traitées avec tant de rigueur. Aussi, les voit-on pratiquer le même système de ruses dans un autre genre d’exercice, qui est au précédent ce que la course des hoplitodromes, dont nous avons parlé ci-dessus, était à la course ordinaire dans les jeux Olympiques. Ici pourtant les concurrentes ne portent aucune arme; leur tête seule est chargée, non d’un casque, mais d’une cruche remplie d’eau qu’il est défendu de soutenir avec la main. La bergère, comme Perrette, prétend arriver au but sans encombre :

l.égèrc el court-vôlue, elle arpente à grands pas ;

Ayant mis ce jour-là pour être j)lus agile

Cotillon simple... .

Course de bergères, en Wurtemberg.

CorUSES DE FEMMES.

Mais, hélas ! il suffit d’un simple faux pas, sans compter la jalousie d’une rivale, pour faire perdre l’équilibre; la bergère lève le bras pour retenir la cruche qui vacille, et avant d’avoir pu y porter la main, elle est inondée de la tète aux pieds.

(les jouvencelles allemandes, et toutes les autres qui se livrent au même exercice, ont une ancêtre illustre dans le passé : on devine que c’est d’Atalante qu’il s’agit. Les coureurs avaient Mercure pour patron ; mais je doute qu’ils fussent très-flattés de leur protecteur, ce dieu n’étant en odeur de sainteté, ni sur la terre, ni même dans l’Olympe ; cai- il se chargeait trop souvent des commissions les plus équivoques. Mercure avait deux jolies petites ailes au talon, mais peu de délicatesse dans l’âme, et sa conscience était encore plus large que ses enjambées. Les femmes, au moins, pouvaient avouer Atalante. On en connaissait deux dans la mythologie antique, une Atalante d’Arcadie et une autre de Béotie. l^a plus célèbre, en venant au monde, avait été reniée par son père, qui désirait un garçon et qui, furieux de voir arriver au monde une fille, l’avait exposée sans pitié sur le mont Parthénius, au bord d’une source et à l’entrée d’une caverne. L'orpheline avait été allaitée par une ourse ; elle avait grandi dans la solitude, au sein des forêts, poursuivant les bêtes fauves à la course et chassant le sanglier avec l’arc et le javelot. Elle prit part, entre autres, à l’expédition contre le sanglier de Calydon, et se tailla dans la fourrure de l'animal un vêtement qu’elle porta le reste de sa vie. Tous ses goûts étaient plutôt d’un homme que d’une femme, et ce fut peut-être cela qui réconcilia son père avec elle. Que faire d’une telle fille? La marier le plus vite possible, bien que l’oracle de Delphes eût annoncé que l’hymen ne Ini réussirait pas. Atalante lit elle-même ses conditions : c’était de ne se donner qu’à celui qui l’attraperait à la course.

FORCE ET ADRESSE

Sa main devait être le prix du vainqueur ; mais en revanche, si ses prétendants — on peut dire ici ses poursuivants — succombaient dans la lutte, ils devenaient son bien et sa proie. Milanion, ou peut-être Hippomène, se mit sur les rangs, et le steeple-cbase commença. Inutile de dire qu’.Vtalante, aux pieds agiles, dévora l'espace; Milanion semblait plutôt se traîner que courir derrière elle; mais, comme il était dans les bonnes grâces de Vénus, la déesse lui avait fait cadeau de trois pommes, en lui recommandant de les jeter à terre devant lui, si sa rivale tenait la corde. Atalante, qui sans doute n’avait jamais vu de si beaux fruits, s’arrêta pour les ramasser et laissa son partenaire prendre de l’avance. C’est ainsi que, grâce à ses pieds, Milanion gagna la main d’Atalante, dont il eut uu fds, Parthenopæus, qui devint à son tour un excellent coureur. .Mais, à quelque temps de là, les jeunes époux furent métamorphosés en bêtes au moment où ils s’y attendaient le moins. Quel était leur crime? avaient-ils en effet profané le temple de Cybêle? ou n’élait-ee pas plutôt parce qu’ils avaient manqué de reconnaissance à Vénus? La morale de l’histoire est celle-ci : Si vous recevez des fruits, n’oubliez jamais de remercier celui qui vous les envoie. Trois pommes, dira-t-on, la belle affaire! A la bonne heure ! mais tout dépend du profit qu’on en tire. .Avouons toutefois que la pomme a toujours joué, dans riiistoire de la femme, un rôle capital et désastreux.

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