‹ Merveilles de la force et de l'adresse Agilitésouplesse, dexte̋rité. Les exercices du corps chez les anciens et chez les modernesChapitre 3 sur 104 · LA FORCE PHYSIQUE DANS L’ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

LA FORCE PHYSIQUE DANS L’ANTIQUITÉ

dil-ü, on s’y occupe surtout du soin d’accroître le volume des chairs et l’abondance d’un sang épais et visqueux ; on n’y travaille pas simplement à rendre le corps plus robuste, mais plus massif, plus pesant, et par là plus capable d’accabler un adversaire par sa masse; c'est donc un métier inutile à l’acquisition de cette vigueur qui se contient dans les limites de la nature, et en outre très-dangereux. B

Mais l’amour de la gloire, si vif chez les Grecs, faisait oublier aux athlètes les fatigues présentes de la palestre, et les maux dont ils étaient menacés dans l’avenir. Us n’avaient qu’un but ; gagner la récompense accordée à celui qui remportait la victoire. Cette couronne avait peu de prix en elle- même; elle était, suivant les localités, d’olivier sauvage, de pin, d’ache ou de laurier. On a prétendu qu’autrefois, dans les premiers temps, elle avait été d’or. Mais cette opinion semble contredite par le sentiment des anciens et des principaux intéressés, les athlètes eux-mêmes, qui estimaient d’autant plus une telle récompense et en tiraient d’autant plus de gloire, qu’elle était plus simple et sans aucune valeur vénale. La couronne de feuillage ne >alâit que par l’idée qu’on y attachait, et parce qu elle se décernaH devant la Grèce entière , aux applaudissements du peuple. D’autres ovations attendaient le \ain-

VaiiKjucur la lutte accompagné d'un crieur. (Bas-relief du Musée Pie-Clémentin.)

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FORCE ET adresse.

(|ueur, quand il rentrait dans ses foyers avec la couronne et la palme, les deux signes de son triomphe. 11 faisait son entrée solennelle dans la ville sur un quadrige, précédé de gens qui portaient devant lui des flambeaux et suivi d’un nombreux cortège. Ce n’était point par la porte commune qu’il passait, mais par une brèche pratiquée exprès dans les remparts de la ville. On voulait marquer par cette allégorie qu’une cité, qui comptait dans son sein d’aussi vaillants athlètes, n’avait plus besoin de murailles pour protéger son indépendance. Mais était-il certain que ces hommes, malgré toute leur force, eussent fait de bons soldats? « Qu’un athlète excelle à la lutte, dit Euripide, qu’il soit léger à la course, qu’il sache lancer un palet, ou appliquer un coup de poing sur la mâchoire de son antagoniste, à quoi cela sert-il à sa patrie? Repoussera-t-il l’ennemi à coup de disque, ou le mettra-t-il en fuite, en s’exerçant à la course, armé d’un bouclier? On ne s’amuse pas à ces bagatelles quand on se trouve à portée du fer... »

Ces triomphes d’athlètes étaient quelquefois trèsbrillants; on vit, par exemple, dans, la 92' olympiade, Exénète entrer dans Agrigente, sa patrie, avec une escorte de trois cents chars, attelés, comme le sien, de deux chevaux blancs, et appartenant tous à des citoyens agrigentins. Mais là ne s’arrêtaient point les honneurs accordés aux athlètes victorieux. Us jouissaient de nombreux privilèges, soit honorifiques, soit lucratifs. C’est ainsi qu’ils avaient le droit de préséance dans les jeux publics, que leur nom était gravé sur des tables de marbre, et qu’ils étaient dispensés des fonctions civiques; d’autre part, ils obtenaient la faveur d’être exempts des charges qui pesaient sur les autres citoyens, et d’être nourris, pour le reste de leurs jours, aux frais du trésor public. Leur ville natale leur érigeait en outre des statues, à l’origine en simple bois

LA FORCE PHYSIQUE DAÎiS L’.ANTIQUITE.

de figuier et plus tard en bronze. Ces statues reproduisaient l’attitude même de l’atldète pendant le combat qui lui avait procuré la victoire. C’était un général athénien, Chabrias, qui, selon Cornélius Nepos, son biographe, avait mis cet usage à 1a mode, depuis qu’il s’elait l'ait ainsi représenter après une guerre contre les Spartiates.

Dans la suite des temps, les statues d’athlètes se multiplièrent, et formèrent un musée sans pareil à ülympie, ville de l’Élide et théâtre des jeux publics les plus céb bres de la Grèce. C’était un musée en plein air, disséminé dans VAltis ou bois sacré qui, dans sa vaste enceinte, renfermait encore le temple de Jupiter avec la ligure colossale du dieu en or et en ivoire par Phidias, le temple de Jiinon, le théâtre et une foule d’autres édilices. Les Grecs, trèsenthousiastes de leur nature, étaient si portés à exagérer les honneurs rendus aux vainqueurs desjeux Olympiques, que les magistrats durent contenir et réprimer cet élan;

— ils veillaient soigneusement à ce que les statues ne fussent pas plus grandes que nature; celles qui dé])assaient les proportions ordinaires étaient abattues sans pitié ; on craignait que le peuple, entraîné par son penchant naturel, ne rangeât au noml)re des dieux ou des demi-dieux les modèles de ces images.

Les statues d’Olympie étaient signées du nom des pre- • miers artistes.

Parmi les plus célèbres, ou du moins parmi celles qui devaient transmettre à la postérité Je souvenir des prouesses les plus extraordinaires, on distinguait au premier rang la statue de Milon de Crotone, sortie des mains du sculpteur Damoas, son compatriote. Une preuve que le prix de la lutte ne lui avait pas été injustement décerné, c’est qu’il avait porté sur ses épaules et installé lui-même en ce lieu, la statue, symbole de sa victoire. Mais ce n’était pas une fois seulement qu’il avait été couronné ;

FORCE ET ADRESSE

six fois, il avait obtenu la palme aux jeux Olympiques, dont une, lorsqu’il était encore enfant; son succès avait été le même aux jeux Pythiques. Crotone, sa patrie, ville sur la côte orientale du Brutium (Calabre), était célèbre pour sa population forte et vigoureuse; Milon ne démentit point cette antique renommée. Il aimait à donner des preuves de sa force prodigieuse : c’est ainsi qu’il parcourut toute la longueur du stade en portant sur ses épaules un bœuf de quatre ans, qu’il assomma d’un coup de poing et qu’il mangea totalement en une journée ; c’est ainsi qu’il se posait debout sur un disque qu’on avait huilé pour le rendre plus glissant et s’y tenait si ferme qu’aucune secousse n’était capable de l’ébranler. Nulle force humaine ne pouvait lui écarter les doigts lorsque, appuyant son coude sur son flanc, il présentait sa main fermée, à l’exception du pouce qu’il levait. Quelquefois, dans cette même main, il tenait enfermée une grenade, et, sans l’écraser, la serrait assez fortement pour réduire à l’impuissance tous les efforts de ceux qui prétendaient la lui arracher. Une femme qu’il aimait était la seule qui pût lui faire lâcher prise, ce qui fait dire à Élien que la force de l’athlète Milon était purement matérielle et ne le garantissait pas des faiblesses humaines.

Hercule, son héros et son modèle de prédilection, n’avait-il pas, lui aussi, filé aux pieds d’Omphale?

Et non-seulement il prenait Hercule pour exemple, mais il copiait même ses attributs ; car il marcha contre une armée de Sybarites à la tête de ses compatriotes, drapé dans une peau de lion et brandissant une massue.

Telle était sa vigueur qu’il enlaçait quelquefois une corde autour de son front et, retenant fortement son haleine, faisait rompre cette corde par le gonflement et la pression des veines de sa tête.

Une fois, se trouvant dans une maison avec des disciples

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