‹ Merveilles de la force et de l'adresse Agilitésouplesse, dexte̋rité. Les exercices du corps chez les anciens et chez les modernesChapitre 47 sur 104 · LES NAGEURS DE L' AMÉRIQUE ET DE L’OCÉANIE. 2H · texte numérisé non relu

LES NAGEURS DE L' AMÉRIQUE ET DE L’OCÉANIE. 2H

deux marais, ou plutôt à un marais et à un étang. Les Indiens se défendirent, mais ils ne purent soutenir longtemps le choc d’hommes à cheval; les uns s’enfuirent dans les ombres touffues du bois, les autres dans les eaux bourbeuses du marais, sûrs qu’on ne les poursuivrait pas dans ces retraites dangereuses ; — neuf cenis environ pourchassés plus vivement que leurs compagnons, sautèrent dans l’étang, dont la largeur était de trois quarts de lieue et la longueur s’étendait à perte de \’ue. Ils s’y maintinrent en nageant. Les Espagnols se campèrent sur la rive et harcelèrent ces malheureux, qui ne voulaient pas se rendre, en leur lançant des flèches, ou bien en leur tirant des coups de mousquet. De leur côté, les Floridiens épuisèrent contre l’ennemi leur provision de flèches. Tel était leur acharnement qu’on les voyait nager trois ou quatre de front serrés l’un contre l’autre, et portant sur leur dos un de leurs camarades qui tirait jusqu’à ce qu’il ne lui restât plus un seul projectile.

Les intrépides nageurs continuèrent à résister ainsi jusqu’à la tombée de la nuit, sans vouloir écouter aucune proposition d’accommodement. Les Espagnols établirent un cordon de soldats tout autour de la lagune, afin que pas un Floridien ne pût s’échapper, à la faveur des ténèbres. Dés que l’un deux faisait mine de s’approcher du bord, on lui promettait de le bien traiter, s’il se soumettait; en même temps on tirait dessus pour le rejeter à l’eau, lasser ainsi sa patience et ses forces et le contraindre à se rendre. Mais les victimes étaient encore plus opiniâtres que leurs bourreaux. Ils préféraient la mort, disaient-ils, à la domination espagnole.

Cependant, quebiues-uns, épuisés de fatigue, sortirent lentement à la file, et au point du jour une cinquantaine environ étaient hors de l’eau. D’autres, voyant que leurs camarades étaient bien traités par l’ennemi, suivirent leur

FORCE ET ADRESSE

exemple. Mais ce n’était qu’en rechignant, car à peine arrivés sur la berge ils se rejetaient dans l’étang pour ne le quitter qu’à la dernière extrémité. 11 y en eut ainsi quelques-uns qui séjournèrent vingt-quatre heures dans l’eau, tout en nageant.

Le Icndcniain, le jour était un peu avancé déjà, lorsque deux cents de ces infatigables Indiens firent leur soumission; ils étaient, à demi morts, dit Garcilasso del Vega,

(I enflés par l’eau qu’ils avaient avalée et tombant de faim, de sommeil et de fatigue. » Ceux qui restaient, à bout de force, tirent de même, à l’exception de sept, plus intraitables que les autres, qui demeurèrent dans l’eau, narguant les vainqueurs sur la rive et criant qu'on pourrait bien les forcer à périr d’épuisement, mais non à se rendre. Ils nageaient de cette façon, depuis trente heures — je dis trente heures — sans avoir pris aucune nourriture. Surpris de tant d’audace, émerveillé de la ténacité de ces sauvages, le capitaine espagnol fil entrer dans l’eau douze de ses plus forts soldats, avec ordre d’amener à terre les sept combattants. Ce commandement fut exécuté de point en point; on tira de l’eau ces malheureux Floridiens, qui par les jambes, qui par les bras, qui par les cheveux. Arrivés à terre, ils faisaient pitié, raconte le môme historien; « ils gisaient sur le sable, plus morts que vifs, et dans un état que l’on peut s’imaginer d’hommes qui ont combattu, pendant trente heures consécutives, dans l’eau et à la nage. Les Espagnols, touchés de compassion et admirant leur courage, les portèrent dans la ville, où ils les secoururent, et furent plus aidés par la bonté (le leur tempérament que par la vertu des remèdes. » Il n’existe pas, que je. sache, dans l’instoire des peuples, un second trait de ce genre. L’antiquité romaine, offerte en modèle à la jeunesse des écoles, n’offre rien de plus héroïque. Trente heures à la nage et en combattant ! On a

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conservé le nom de ceux qui s'associèrent à l’enl reprise folle de Fernand de Soto ; mais qui nous dira celui de ces obscurs patriotes lloridiens? Les Espagnols n’élaient attirés en Floride que par l’espoir du pillage ; — leur unique préoccupation était la découverte de mines d’or et d’argent. Un fait, cité par Garcilasso delVega, prouve bien quelle était leur avidité. Aussitôt après le débarquement, une garnison avait été laissée sur le bord de la mer, tandis que le gros de la troupe était parti à l’aventure, en poussant vers le Nord. Quand on eut trouvé *un endroit favorable pour s’y fixer définitivement, le général dépêcha vers ceux qui étaient restés en arrière pour leur annoncer cette bonne nouvelle et leur faire rejoindre l’armée. Quelle fut, croyez-vous, la première pensée des gens de la garnison en revoyant leurs camarades? De s’informer du général sous la bannière duquel ils s’étaient rangés? de s’enquérir de l’état de l’armée? Nullement. Ils demandèrent seulement s’il y avait beaucoup d’or dans la province d’où leurs frères d’armes arrivaient. « Tant, dit l’historien, que cette conduite scandalise, le désir de ce métal a de puissance sur l’esprit des hommes et leur fait aisément oublier leur devoir! » Les pauvres Floridiens, au contraire, combattaient pour défendre leurs foyers !

Quand les sept nageurs eurent repris leurs sens, on les amena devant Fernand de Soto, qui, les interrogeant, leur demanda pour quelle raison ils ne s’étaient pas rendus comme leurs camarades, sachant bien que la mort était au bout de leurs efforts désespérés. « Vitachuco avait mis en nous sa confiance, répondirent-ils modestement; nous devions montrer que nous n’étions pas indignes de ses bonnes grâces. » Parmi ces prisonniers se trouvaient trois jeunes seigneurs de dix-huit à di.x-neuf ans. On leur demanda ce qui les avait engagés à séjourner si longtemps dans l’eau, d’autant plus qu’ils n’occupaient aucun poste

FOUCE ET ADIIESSE.

dans l’armée. « Aotre naissance nous deslinanl aux premiers emplois, nous sommes tenus à donner l’exemple ; » telle fut leur réponse au général. En entendant ces reparties si nobles et si simples, plus toucliantes encore dans ces jeunes bouches, les Espagnols ne purent s’empêcher de "verser des larmes. Le général — est-il besoin de le dire? — leur accorda la vie et la liberté, et les renvoya même à leur famille avec divers présents.

Gloire donc aux intrépides enfants de la Floride ! les sept nageurs de l’étang deVitacluico méritent d’être honorés à l’égal des sept Machabées.

Ferdinand deSoto ne put achever la conquête du pays; atteint d'une fièvre maligne, il mourut à l’âge de quarantedeux ans, après avoir dépensé plus de 100,000 ducats dans sa malencontreuse entreprise.

« C’était un homme vigilant, adroit, aimant la gloire, dit Garcilasso del Vega, patient dans l’infortune, sévére pour les fautes contre la discipline ; mais indulgent pour tout le reste; généreux et charitable envers le soldat, brave et hardi autant qu’aucun autre de ces capitaines qui entrèrent dans le nouveau monde. »

Les habitants du sud de l’Amérique ne se laissaient point surpasser par ceux du Nord ; Brésiliens et Péruviens étaient tellement exercés à la natation, qu’ils seraient, dit Lescarbot, restés huit jours dans la mer, si la faim ne les avait rappelés sur la rive, au bout d’un certain laps de temps. Us craignaient moins depérirde fatigue que d’être dévorés par les requins. On pourrait en dire autant des peuples de l’Océanie. Les navigateurs qui explorèrent au dix-huitième siècle les archipels de l’hémisphère austral, repiésentent les indigènes de celle partie du monde comme d’excellents nageurs. Les ablutions fréquentes auxquelles ils se livraient les familiarisaient debonne heure avec l’élément liquide. Au temps de Cook, les insulaires

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