LES NAGEURS DE L’AMÉRIQUE ET DE L’OCÉAME
de la mer du Sud avaient pour coutume d’aller se baigner trois fois par jour le corps entier dans une eau courante, à quelque distance qu’ils se trouvassent de la mer ou des rivières. Mais c’était surtout dans l’onde salée que les deux sexes aimaient à se plonger, folâtrant dans cet élément redoutable à la manière des tritons et des naïades. Qui n’a lu le tableau charmant que le capitaine Cook a tracé de son arrivée dans les parages de Taïti, lors de son second voyage autour du monde? C’était, on se le rappelle, à la pointe du jour ; il faisait une de ces belles matinées dont la vue inspire moins les marins que les poètes : « Un souffle de vent nous apportait de terre un parfum délicieux, dit le célèbre navigateur, et ridait la surface des eaux. Les montagnes couvertes de forêts élevaient leurs têtes majestueuses, sur lesquelles nous apercevions déjà la lumière du soleil naissant; très-près de nous, on voyait une allée de collines d’une pente plus douce, mais boisées comme les premières, agréablement entremêlées de teintes vertes et brunes ; au pied, une plaineparèe de fertiles arbres à pain, et par derrière une quantité innombrable de palmiers, qui présidaient à ces bocages ravissants. Tout semblait dormir encore ; l’aurore ne faisait que poindre, et une obscurité paisible enveloppait le paysage. Nous distinguions cependant des maisons parmi les arbres et des pirogues sur la cote. A un demi-mille du rivage, les vagues mugissaient contre un banc de rochers de niveau avec la mer, et rien n’égalait la tranquillité des flots dans l’intérieur de la baie. L’astre du jour commençait à éclairer la plaine ; les insulaires se levaient et animaient cette scène charmante. A la vue de nos vaisseaux, plusieurs se hâtèrent de lancer leurs pirogues et ramèrent près de nous, qui avions tant de plaisir à les contempler. . . »
Sur cette scène féerique , dans ces eaux alors tranquilles, venaient se jouer de jeunes Taïtiennes, le sein nu.
FORCE ET ADRESSE
les cheveux épars, semblables aux sirènes, dont elles possédaient au reste les grâces etlesiuslincls. Ellesnageaient amoureusement autour des bâtiments européens. Elles s’étaient précipitées dans la mer pour recueillir des grains de verroterie lancés par l'équipage. Ce n’était pas d’abord dans cette intention que ces bagatelles leur avaient été jetées par les officiers ; mais l’un d’eux ayant voulu donner quelques menus objets â un bambin de six ans qui se trouvait dans une pirogue et les ayant laissés tomber à l’eau, l’enfant se lança sur-le-champ dans la mer, et plongea jusqu’à ce qu’il les eut rapportés. A cette vue, les officiers de l’escadre, pour éprouver l’adresse surprenante des indigènes, leur jetèrent de nouveaux appâts : « Une foule d’hommes et de femmes, dit le capitaine anglais, nous amusèrent par leurs tours étonnants d’agilité au sein des flots ; non-seulement ils repêchaient des grains de verre, semés par nous sur les vagues, mais ils en faisaient de même pour de grands clous, qui, par leur poids, descendaient promptement à une profondeur considérable. Quelques-uns restaient longtemps sous l’eau, et nous ne revenions point de la prestesse avec laquelle ils plongeaient. A voir leur allure aisée, nous les regardions presque comme des amphibies... »
Ces nageurs des mers du Sud n’étaient pas d’ailleurs plus embarrassés, quand, au lieu de se mouvoir dans un’ milieu tranquille, dans une onde unie comme un miroir, ils se trouvaient dans un de ces rares endroits de l’ile dé* pourvus de récifs, où la mer houleuse déferle avec fracas contre les côtes. C’est alors un spectacle d’un autregenre, que le navigateur anglais avait également eu le plaisir de contempler à son premier voyage (mai 1769). La houle roulant à des hauteurs prodigieuses venait se briser sur la côte ; le capitaine n’avait pas encore vu de lames aussi terribles; il aurait été, dit-il, impossible à nos embarcations