LES PLONGEURS GRECS ET SYRIENS
La pêche des éponges sur les cêtes de Syrie.
Cependant, il est certaines industries difficiles ou délicates qui ne comportent point l’emploi de machines suppléant à l’insuffisance des forces humaines, en sorte que la race des plongeurs n’est pas encore éteinte, et que leur adresse trouve toujours de quoi s’exercer.
Je veux parler, comme on le devine aisément, de la pêche aux perles. Chacun sait que ces grains nacrés sont extraits du fond de la mer par des plongeurs, dans les parages de file Ceylan et du golfe Persique. Mais cette pêche a été tant de fois décrite, qu’il serait superflu de s’y arrêter.
Il existe un autre genre de pêche bien moins connu, celle des éponges, dont nous parlerons avec plus de détail. Après l’Exposition universelle de 1867, qui nous a montré la plus riche collection d’éponges qu’on eût encore vue, il est des choses qu’il n’est pas permis d’ignorer.
Répondez franchement à ma question, aimable lectrice, qui veillez avec un soin jaloux sur la fraîcheur de votre teint, — et qui toujours avez sur le marbre de votre toilette une de ces éponges moelleuses et veloutées de l’espèce dite fine-douce, répondez : Vous êtes-vous quelquefois demandé d’où venait ce produit du règne animal ou
FORCE ET ADRESSE
végétal? car les naturalistes ne sont pas d’accord sur ce point. Sans doute ce problème ne vous a jamais troublé la cervelle, pas plus qu’en portant au bal un collier de perles, vous ne songez aux plongeurs indiens qui risquent leur vie pour vous le procurer.
Faut-il classer l’éponge parmi les animaux, et encore au dernier rang de l’échelle, parmi les polypiers? ou bien faut-il la faire entrer dans la classe des végétaux? C’est une question (jui n’est pas encore résolue par la science.
L’éponge reste pour nous un être mystérieux qui provient du pays mystérieux par excellence, de l’Orient. Los espèces les meilleures et les plus fines sont originaires des côtes de Syrie. On en pêche également dans les iles de l’archipel grec, et dans les États barbaresques, ainsi que dans les iles Bahaina.
Autrefois on en tirait de l’Égypte, mais cette source parait épuisée aujourd’hui ; bientôt la pêche sur les côtes de Barbarie aura le même sort. On prétend que les bancs d’éponges actuellement connus finiront par s’épuiser, et que la demande deviendra supérieure à l’offre ; en effet, à mesure que le bien-être se répand dans les différentes couches sociales, cet article est de plus en plus recherché; de là, sa rareté, que la négligence du gouvernement turc et l’avidité des trafiquants viennent encore accroître. Cependant les éponges se multipliant assez rapidement, du moins on le suppose (sur ce point encore, on est réduit aux conjectures) ; car les rochers mis à nu par les pêcheui s se trouvent repeuplés au bout de deux années. . En attendant le jour néfaste où l’homme civilisé, nourri dans toutes les recherches du luxe, se verra privé d’un élément de confort dont le sauvage ne sent pas le besoin, les plongeurs des côtes de Syrie et de l’archipel grec parcourent le fond de la mer, pour satisfaire aux demandes de jour en jour plus nombreuses de cette denrée.