I.ES PLO.NGEUas GRECS ET SYRIENS
Les plus belles éponges croissant dans les mers de Syrie; c’est en ces parages «jue la pèche est le j)lns active, le plus intéressante, et que se rencontrent les nieilleuis plongeurs. Ce genre de pêche n’est pratiqué que par les g^ens du pays , car il exige des qualités spéciales : la vigueur du corps, l’agilité, l’adresse et le sang-froid. Les étrangers se contentent de Iraliquer de la Cenrée, quand elle a été extraite du fond de la mer, ahaiidonnant le monopole de la pêche aux plongeurs de Syi ie et de Grèce, gens habitués de longue date à ce pénible travail. Ces commerçants .arrivent vers le mois de septeml)i c ; il en vient de toutes les échelles du Levant, deü poits du littoral méditerranéen; il en part beaucoup de .Marseille et quelques-uns même de l’aris. Parmi ces derniers industriels, on nous en cite un qui va tous les ans passer plusieurs mois à Rhodes, pendant le temps de la pêche, et qui est descendu au fond de la mer pour s’assui er j)ar ses propres yeux si l’on ne pourrait pas utiliser la cloche à plongeur, en vue d’une récolte plus commode cl |»lus abondante.
Beyrouth, Tripoli, Latakieh et Batroun, en Syrie, sont les pêcheries les plus importantes, et les principaux marchés pour le commerce des éponges. La pèche commence en juin et se termine eu août, (pielquefois elle se prolonge jusqu’en septembre et en octobre, mais le moment le plus favorable est le mois de juillet. \ celle époque arrivent des côtes de Sjrie et de Grèce des pêcheurs, désireux de prendre part aux opérations dans les eaux de Tripoli et des autres villes. Les Grecs échangent leurs sncolères, légères et non pontées, contre d’autres embarcations destinées à celle pêche. On se divise en groupes de cinq ou six hommes; chaque grouj)e forme l’équipage d’une barque, sous le commandement d’un reis. On a pu voir à l’Exposition universelle le modèle réduit d’un de ces bateaux à l’usage des
pêcheurs arabes. Ces embarcations, nommées scaphi, partent dès le matin et poussent au large à 7 ou 8 kilomètres des côtes ; c’est à une telle distance que se rencontrent les éponges sur des bancs de roches, formés de débris de mollusques. On cherche un endroit favorable, ce qui n’est pas toujours facile, à cause de l’état de la mer ; si la surface est trop agitée pour qu’on puisse voir à une certaine profondeur, il faut renoncer au travail pour ce jour-là ; mais quand le temps est favorable et le banc exploré riche en éponges, on cargue les voiles, on jette l’ancre sur place, et les hommes de l’équipage plongent à tour de rôle. Ils arrachent l’éponge aux roches sousmarines et la déposent dans un filet qui couvre leur poitrine; ils en recueillent le plus grand nombre possible, et quand ils sentent le besoin de remonter à la surface pour respirer, ils impriment une secousse à la corde qui sert également à les descendre dans la mer. Cette corde est terminée par une grosse pierre, qui est une ancre de salut pour ces malheureux. Quelquefois un plongeur, entraîné par son zèle, perd sa corde dé vue et ne la retrouve plus quand il veut quitter le fond de la mer; en ce cas, il ne pourrait remonter à la surface, écrasé sous une pression de trois ou quatre atmosphères, et périrait asphyxié, s’il ne parvenait à saisir la pierre d’un de ses camarades et à remonter avec lui.
Les profondeurs auxquelles on rencontre l’éponge sont très-variables. Les pièces pêchées dans les eaux basses, sont ordinairement de qualité inférieure ; pour recueillir les éponges fines, il faut plonger à 12, 20 et même jusqu’à 30 brasses de profondeur.
Dans cedernier cas, l’opération est très-difficile,et c’est ce qui augmente beaucoup le prix des éponges fines, qui sont pourtant beaucoup plus nombreuses que les grossières. Une embarcation qui rentre le soir, ne rapporte, à ce qu’il pa-