PATINS ET PATINEI'PS. ‘J
shire, un corps de rinenien, volontaires qui se sont organisés, comme on sait, sur tous les points du pays, pour contribuer, en cas de besoin, à la défense du territoire ; on a vu, dis-je, ces francs-tireurs cbausser tout à coup le patin pendant un hiver rigoureux (décembre 1860) et faire leurs exercices sur la glace aussi parfaitement que sur le champ de manœuvre.
11 peut être, en effet, fort utile, en temps de guerre, de savoir se tenir et se diriger sur la glace.
« Dans le précoce hiver de 1806, après la bataille d’Iéna, le maréchal Mortier recevait l’ordre de l’empereur de s’emparer sans retard des villes anséatiques.
« L’officier d’état-raajor, à qui nous tenions de très-près, chargé de transmettre cet ordre, se trouvait à l’embouchure de l’Elbe qu’il fallait passer, et qui en cet endroit n’a pas moins de 12 kilomètres de largeur. Il s’agissait de trouver un pont. C’était un détour à faire de Ot» kilomètres en descendant et autant pour revenir de l’autre côté, à peu prés en face du point de départ. Cet officier, comprenant la valeur du temps en pareille circonstance, ne balança pas à prendre une résolution qui aurait pu lui devenir funeste. 11 se procura des patins, francbit rapidement l’espace qui le séparait de l’autre rive, et parvint par ce moyen ingénieux et hardi à la fois à remettre la dépêche dix heures plus tôt qu’il n’eût pu le faire par la roule ordinaire*. »
Le lecteur va peut-être nous demander pourquoi nous n’avons pas encore parlé de ces tours d’adresse qui consistent à tracer sur la glace, avec le tranchant de l’acier, des figures régulières et variées, des dessins représentant des oiseaux ou des portraits, et enfin à écrire son nom en lettres fines et lisibles. Quand on parle des traits extraor-
1 Phyniologie du Patineur, ou définition complète dex principes . . . Paris, 1862, in-t2. — L’ouvrage est anonyir.e.
lOKCE ET ADRESSE.
diiiaircs exécutés à l’aide du patin, c’est celui-là qu’on présente toujours en première ligne.
On cite un habitant du Aord, un Suédois, qui, porté sur ses patins comme sur des ailes, dessinait d’un seul pied, en courant, des portraits qui, pour la ressemblance, ne valaient pas sans doute une image photographique, mais qui brillaient par la pureté et la netteté des lignes.
On assure eu outre avoir vu, sur un large bassin, une jeune dame accepter le défi d’une correspondance au patin, et en quelques ininutes, une demande et une réponse furent tracées avec une élégance de forme digne d’une main qui écrirait avec un diamant sur une vitre. Le fameux chevalier de Saint-Georges, d’une adresse merveilleuse dans tous les exercices du corps, était, dit-on, un de ces habiles qui signent leur nom sur la glace avec une lame de patin.
« .l’ai vu, dit un auteur anglais, déjà cité par nous plusieurs fois, J. Strutt, — j’ai vu sur la rivière de Ilyde-Park, quatre patineurs danser un menuet avec autant de désinvolture et d’élégance que s’ils avaient marché sur le parquet d’une salle de bal ; d’autres, tournant et manœuvrant avec adresse, traçaient sur la glace les lettres de l’alphabet, l’une après l’autre. »
Eh bien, ce tour, qui semble étonnant, est tout simple, quand on y regarde de près, et s’explique naturellement ; ou plutôt ce n’est pas un tour d'adresse. Celui qui du rivage regarde le patineur est trompé par ses sens ; il n’a devant lui que de la glace, et pourtant il ny voit que du feu: c’est de sa part illusion d’optique. Tracer des lettres sur la glace quand on a un pied en l’air est chose totalement impossible. Écoutons à ce sujet les autorités : « Quelques-uns disent avoir vu des patineurs extraordinaires faire toutes les figures possibles avec des patins, même écrire leur nom comme à la main. 11 est essentiel