PATINS ET PATINEURS
que je dise à mon tour que cela ne se peut pas ; que ceux qui avancent un pareil fait ont cru voir ce qu’ils racontent, à peu près comme d’autres sont certains d’avoir vu un escamoteur poser une balle sous un gobelet, et de l’avoir vu enlever de là sans y toucher, malgré leur attention contre la surprise, ce qui prouve qu’on ne devrait pas toujours s’en rapporter à sa vue ou plutôt à son imagination.
« En effet, pour écrire son nom , il faut au moins deux élans ; et l’on ne peut reprendre ce second élan sans poser le pied qui n’a pas tracé la première lettre. C’est donc un mensonge ou une erreur de dire qu’on peut écrire couramment quelque chose sans le secours de l’autre pied, dont on a besoin soit pour son élan, soit pour marcher en commençant chaque nouvelle lettre. .. »
Ainsi parle le maître que nous citions tout A l’heure, J. Garcin. Son explication est concluante ; il est impossible de tracer des caractères avec le patin, quand on tient un pied en l’air, parce qu’il faut nécessairement un point d’appui. Ce point d’appui doit être l’autre pied ; or, si ce pied pose par terre, il n’y a plus aucune difficulté. Tout le monde peut en faire autant ; ce n’est plus un tour d’adresse, mais simplement un jeu puéril. C’est ce qu’un autre amateur a formulé nettement dans un traité récent, mentionné plus haut, — traité publié, je crois, à l’occasion des essais qui furent tentés dans les dernières années, même en haut lieu, pour ranimer à Paris le goût et la pratique du patin : « La seule manière d’écrire son nom sur la glace, c’est de prendre un point d’appui sur un pied, puis, avec le talon pointu du fer de l’autre, tracer sur place, comme avec un stylet, de petites lettres à volonté. » — « En effet, ajoute l’auteur, non-seulement une suite de lettres ne peut se tracer correctement, mais une seule même ne saurait s’exécuter d’une manière satisfaisante. On comprendra que cette lettre doit être précédée
FORCE ET ADRESSE
d’un élan, puis suivie d’un autre coup de patin après l’avoir achevée, de sorte que toutes ces ligues inextricables se mêleraient et se croiseraient de manière à être méconnaissables. D'ailleurs, tous les coups de patin sont symétriques et circulaires; comment alors rompre brusquement leurs contours par des ligures qui s’écarteraient de cette régie invariable! Ce qu’il y a de bien certain, c’est que personne n’a obtenu ce tour de force, si souvent, si complaisamment cité. La simple connaissance théorique de l’art du patin suffit d’ailleurs pourfaire rejeter cette vieille histoire avec tant d’autres préjugés... »