‹ Merveilles de la force et de l'adresse Agilitésouplesse, dexte̋rité. Les exercices du corps chez les anciens et chez les modernesChapitre 57 sur 104 · LES ÉCHASSES · texte numérisé non relu

LES ÉCHASSES

Les échasscs en faveur à la cour de Bourgogne. — Bataille d’échasses à Namiir. — L'n poème sur les ècliasses. — Les landes de Gascogne. — Traversée du Niagara.

Est-il plus facile d’évoluer sur la glace avec des patins que sur le sol avec des échasses? C’est un problème que nous ne chercherons point à résoudre, et dont nous abandonnons la solution à ceux qui aimeraient à faire des études de gymnastique comparée; tout ce que nous savons, c’est que l'usage de marcher avec des échasses date de fort loin et que, dans cette branche d’art, il s’est formé, comme dans toutes les autres, des sujets distingués dont l’histoire, à la vérité, n’a pas recueilli les noms, mais qui n’en ont pas moins accompli des choses surprenantes, s’il est vrai que plusieurs ont dansé sur la corde roide, à la manière des funambules.

Les miniatures des manuscrits du moyen âge représentent plus d’une fois des gens se livrant à cet exercice, qui fut en gi'ande faveur à la cour de Bourgogne. Dans les comptes de l’argentier de Lille pour l’année 1516, à l’occasion de l’entrée du roi d’Espagne, depuis Cliarles V, dans cette ville, figure une somme de « VI sols donnés à un homme allant à grandes escaches, » qui suivait la cour en portant une bannière.

A'amur, la ville du Nord, avait autrefois des combats

FOIUIE ET ADRESSE.

d’échasses. Comment! des êcliasses à Namur? qui les y avait introduites? La nécessité, mère d’une foule d’inventions et de découvertes. Les habitants avaient adopté ce moyen ingénieux, à cause des débordements fréquents de la Sambre et de la Meuse, qui les empêchaient de communiquer d’un quartier à l’autre et même d’une rue à une autre rue. Ce fut d’abord un besoin; par la suite on en fit un amusement. Les Namurois avaient depuis longtemps des fêtes populaires consacrées aux exercices du corps, divertissements que les comtes de Namur encourageaient, afin de développer parmi la population la vigueur , l’adresse et l’agilité. Nous citerons entre autres une certaine pyrrbique, qu’on appelait la Danse des sept Machabées, particulière à Namur, et qui s’exécutait au son du tambour, chacun tenant par la pointe l’épée de son voisin.

Les combats d’échasses vinrent se joindre à ces jeux populaires. La lutte avait lieu dans l’origine entre les deux quartiers opposés, la ville vieille et la ville neuve, entre les Melons et les Avresses, dénominations que les deux armées portèrent depuis l’origine. Quinze à seize cents jeunes gens , partagés en deux bandes, et divisés en brigades avec des costumes de couleur différente, s’avançaient les uns contre les autres au bruit des instruments militaires, tambours, fifres, cymbales et trompettes, montés sur des échasses de 1“‘,50 de hauteur. Le combat se donnait sur la grande place, vis-à-vis de l’hôtel de ville. Les deux partis se rangeaient en ordre de bataille comme il arrive dans une armée régulière; on renforçait les lignes à l’aide de quelques solides combattants, destinés à soutenir le premier choc; il y avait même le corps de réserve pour porter secours sur les points menacés. Ces guerrier.s n’avaient à leur disposition aucune arme, il était défendu d’en porter; mais ils avaient leurs coudes.

LES ECIIASSES.

€t. les coups qu’ils se donnaient échasses contre échasses pour désarçonner leurs adversaires.

Le croc-en-jambe était admis;, il entrait même comme élément principal dans cette sorte de combat, et cbacun en usait largement. Les Namurois du moyen âge excellaient, comme aujourd’hui les Bretons, dans l’art d’appliquer le croc-en-jambe. Chez les anciens, les athlètes employaient aussi cet expédient; car dans la lutte, il importait de se rendre maitrc des jambes de son adversaire. C’est ce qui fait dire à Plaute, dans une de ses pièces (Pseiiiloliis), en parlant du vin : « C’est un dangereux lutteur, car il s’attaque d’abord aux jambes. » Les Romains étaient passés maîtres en cet exercice; une fois, ils furent obligés de combattre sur le Danube glacé, où les Jazyges les avaient attirés, espérant les vaincre sur ce terrain glissant ; mais les soldats de Rome, appuyant un pied sur leurs boucliers qu’ils avaient jetés à terre, avec l’autre pied donnèrent le croc-en-jambe à leurs ennemis, qui, « se piquant, dit Xiphilin, de plus de légèreté que de résistance, ne purent soutenir l’effort des Romains ; il ne s’en sauva qu’un petit nombre. »

Cet étrange combat durait près de deux heures ; on voyait les champions se porter de côté et d’autre, se pencher à droite, à gauche, raser la terre, puis se relever d’un bond. Ce qu’il y avait de singulier, c’était de voir des femmes au milieu de la mêlée ; venaient-elles comme les Sabiiies, pour séparer les combattants? ou bien pour prendre paît à la lutte? Ni l’un ni l’autre. Les mères, les sœurs, les femmes accompagnaient les champions sur le théâtre du combat, comme cela se pratiquait chez les anciens Germains. Sans remplir un rôle actif dans la lutte, elles n’y restaient pourtant pas indifférentes, et animaient leur parti par des gestes, des cris, ou par leur simple présence ; marchant à pied derrière les combattants, elles

KUHCE ET ADIIESSE:

leur donnaient la main, quand ils étaient démontés, pour qu’ils pussent enfourcher de nouveau leurs échasses, et veillaient, tendre sollicitude ! à ce qu’ils ne se brisassent point la tête contre les pavés; parce qu’aprés tout, c’était un engagement vif, chaud, furieux, mais il n’était pas nécessaire qu'il en résultât mort d’homme. Pendant le cours de l’action, le drapeau de chaque parti flottait aux fenêtres de l’hôtel de ville, et cette vue enflammait encore l’ardeur militante des Mélans et des Avresses.

A Venise, au moyen âge, dans cette Guerra dei Pugiii dont nous avons parlé ci-dessus, les femmes jouaient également un rôle. Elles paraissaient sur le terrain pour stimuler les combattants, les exciter de la voix et du geste. Dans une curieuse brochure du dix-septième siècle, écrite en latin, il est mémo question de discours que les matrones des lagunes adressaient aux combattants :

« Nous voici, chers époux ! Plût au ciel qu’il nous fût permis d’assister à cette lutte autrement que comme spectatrices! Mais la pudeur et notre sexe le défendent; car ce n’est pas la peur qui nous retient. Ah! si nous pouvions vous communiquer notre ardeur, et si vous pouviez, en échange, nous prêter un peu de vos forces!... Qu’attendez-vous? Allez, chers maris, et remportez la victoire ‘ !... »

Le combat des échasses était un des plaisirs les plus vifs des Namurois. 11 se donnait pendant les fêtes du carnaval, ou dans certaines occasions solennelles, par exemple au passage des souverains, des princes ou des personnes de distinction que la ville voulait honoreV d’une façon particulière. Ainsi le maréchal de Saxe fut, en 1748, régalé d’un de ces tournois. Devant le vainqueur de Fontenoy, les jouteurs se piquèrent sans doute d’émulation,

• Ptjclomachia Yeneta ab Ant. de Ville. Yenetiis, Pinelli, 1C34. \1 pages in-4°.

Bataille d’échasses, A Namnr (dix-diuitième siècle.)

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