I.ES Er.llASSES
»'l l'ardeur déployée fut exi rénie; Maurice de Saxe disait : '< Si deux années qui s’enlre-choqnent montraient autant d’acharnement que la jeunesse namuroise, ce ne serait plus une bataille, mais une boucherie. »
Le plus fameux toui noi do ce genre fut celui de IfiOO, qui trouva son Homère en la personne du Iwroii de Walef, le même que Boileau s’étonnait de voir rimer si bien pouv un Flamand. Lu cette occasion, le riineur n’avait pas èlê inspiré ; jieut-ètre craignait-il d’encourir le reproche adressé par Boileau, son maître, à ces poêles :
Et sans force et sans (ïraces,
Moulés sur île gramis mois comme sur des reliasses,
et, plus modeste, il disait ;
Mille autem-s différents, au travers des hasards,
Sont enlrés devant moi dan.s le beau champ de Mai's; •le crains de ces sujets les conimnnos disgi'ûccs.
Et j'étris siinplcnient un (lombat (Un Ecliaitscs.
Mais eiifiti il avait eu le tort manifeste de ne pas guinder sa musc à la hauteur de son sujet. Sa settle excuse était soti âge, il n’avait que dix-septans; mais, eti poésie, la jeunesse n’est jamais une circonstance atténuante.
A la pointe de ces mêmes échassos, les Namtirois avaient conquis naguère un privilège dont les Flamands surtout .sont à même d’apprécier rimportance. A son entrée dans les Pays-Bas, l’archiduc Albert d’Autriche fut salué par le gouverneur de Namur, qui promit d’envoyer à sa rencontre deux troupes de guerriers, lesquels, « sans être ni à pied, ni à cheval, lui donneraient le spectacle d’une nouvelle manière de combattre... » Et l’archiduc fut si charmé de ce spectacle, qu’il accorda l’exemption perpétuelle des droits sur la bière!
Un autour que nous avons déjà plusieurs fois cité, Bon-
l'ORCE ET ADRESSE.
net, raconte qu’il vit en Hollande, au dix-septième siècle, « un Chinois, monté sur des échasses aussi hautes que le toit des maisons, et qui allait annoncer par la ville les jeux que sa troupe devait représenter. »
En France, les landes de Gascogne sont la terre classique des échasses. Si ce mode ingénieux de transport leur faisait défaut, comment les habitants des Landes pourraient-ils circuler à travers leurs vastes plaines? La nature du terrain n’y permet pas l’écoulement des eaux, qui séjournent sur le sol, formant des flaques croupissantes, des mares de plusieui s pieds de profondeur, impraticables au simple piéton. Une vieille chanson exprime naïvement cette difficulté d’un voyage à pied à travers les marécages de Gascogne :
Quand nous fûmes dedans les Landes,
Bien étonnés,
Nous avions l’eau jusqu’à mi-jambes De tous côtés.
Compagnons, nous faut clieminer.
En grand' journée.
Pour nous tirer de ce pays De grand’ rosée.
11 est d’ailleurs bien nécessaire que les bergers soient un peu haut perchés afin de pouvoir surveiller leurs troupeaux, disséminés parmi les taillis et les bruyères. Aussi les Landais enfourchent-ils dès le matin leur rapide monture, qu’ils ne quittent que vers le soir. Pour chausser ces longues changuées ou xcanques, ils s’asseyent sans plus de façon sur le manteau d’une cheminée très-élevée, sur un toit d’étable ou sur la fenêtre d’une grange. Ces échasses sont munies d'un fourchon, ou étrier, sur lequel pose le pied; l’extrémité inférieure est d’ordinaire enclavée dans un os, afin que le bois ne s’use pas trop vite par le frottement ou ne se brise point au contact des pierres. Elles
LES ÉCIIASSES
sont attachées à la cuisse, qui s’y emboîte en partie, de façon pourtant à ce que les genoux soient libres et puissent se plier à volonté. Le paysan landais est, en outre, armé d’un long bâton, dont il ne se sert point pendant la marche, mais seulement au repos, et comme appui quand il veut s’arrêter. Il l’emploie également pour grimper à son perchoir, quand il se trouve en rase campagne, car il sait fort bien, même à pied, adapter ses échasses â ses jambes et se redresser prestement. Ainsi montés, les Lanusquets, Couziots, Cocouiles ou Parens (car ils portent ces différents noms), franchissent avec une agilité merveilleuse murs de clôture, haies, buissons et larges fossés. Quelquefois, dans les provinces du midi de la France, on organise des courses d’échasses auxquelles les femmes même peuvent prendre part.
En 1808, lorsque Napoléon était à Bayonne, les Lanusquels donnèrent à l’impératrice Joséphine un échantillon de leur agilité. Avec leurs bottes de sept lieues, ils parcoururent la ville en quelques enjambées. Les femmes de la cour, qui se tenaient aux fenêtres, semblaient fort peu rassurées, et jetaient aux Lanusquets des pièces de monnaie que ceux-ci ramassaient à terre en courant, sans descendre de leur piédestal. De distance en distance, ils s’asseyaient à terre, puis se redressant soudain de toute leur hauteur, sans autre appui que leurs bâtons, reprenaient leur course furibonde.
Mais toutes ces prouesses pâlissent à côlé du trait d’audace d’un Yankee de Stoiiington (Connecticut), qui avait parié de traverser les rapides du Niagara sur des échasses, et qui tint parole le 12 mars 1859.