LE FISIL ET LE PISTOLET
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('.ôlés et ne l'abandonna que lorsqu’il fut hors de tout danger.
Tel est donc le port de mer où se passe la scène.
M. d’Houdelot s'amusait à tirer, non des boutons d'or et des pâquerettes (il n'en pousse guère au milieu des galets), mais de petites coquilles qui diapraient le sable uni de la plage, et les enlevait à chaque coup. « Hélas! dit-il, c’était le chant du cygne, un dernier concert de fête, mon dernier triomphe ! Oar, dans cette petite ville de 4,000 âmes, je devais rencontrer mon maître. » U y avait, en effet, parmi les spectateurs, un personnage qui d’abord n’avait pas ouvert la bouche et ne s’était pas mêlé aux félicitations générales, mais qui, sortant tout à coup de sa réserve :
« Sans être de votre force, monsieur, lui dit-il, je parie 500 francs destinés aux pauvres de la ville, de toucher plus souvent que vous un but que je vous désignerai.
— J’accepte, répondit M. d’Houdetot. Quel est le but?
— Une pièce de 5 francs.
— Posée à terre ?
— Pas précisément; mais de cette manière. »
Et ce disant, l’inconnu se met en équilibre sur une jambe, pose une pièce de 5 francs sur le bout de son orteil, prend le pistolet des mains de son antagoniste ; et tandis que celui-ci se disposait à lui faire des objections sur son imprudence et à lui retenir le bras, le coup était parti, et la pièce également !
M. d’Houiietot s’exécuta de bonne grâce, aimant mieux verser la somme convenue au profit des pauvres de la ville, que de tenter cette épreuve dangereusement originale.
Quelques années s’étaient passées depuis cette gageure, quand, un matin, M. d’Houdetot rencontre son homme à Paris. C’était un nommé Garant, lieutenant-adjudant de la place du Havre. Et du plus loin qu’il l’aperçoit, il lui crie :
FORCE ET ADRESSE
« Vous n’êtes donc pas encore eslropié?... Vous jouissez de l’usage de tous vos membres? Ah çà! vous ne lirez donc plus le pistolet, mon cher professeur?
— Si fait; mais...
— Quoi donc?
— Mon pistolet a fait long feu... et je me suis emporté l’orteil. ■
— Un seul!... Vous avez du bonheur, car, au métier que vous faites, il ne devrait plus vous rester un seul doigt des pieds. Vous êtes corrigé, cette fois?
— Tout à fait. J’ai renoncé au tir à cloche-pied ; mais, en revanche, j’ai inventé un autre exercice. »
Et cet exercice consistait à placer une pièce de 5 francs entre le pouce et l’index de la main gauche, puis à tirer avec la main droite.
« Mais, lui dit M. d’Houdelot, votre pouce ira où est allé votre orteil.
— Impossible, répondit l’autre ; seulement, ajouta-t^l avec un sang-froid imperturbable, je vous recommande, quand vous vous livrerez à cet exercice, de ne pas serrer trop fortement la pièce, le choc de la balle occasionnant une vibration désagréable ; vous me répondrez peut-être à cela que j’ai des doigts plus douillets qu’un autre. »
M. d’Houdetot s’éloigna, en lui souhaitant bonne chance.